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Ocean Gravity : le nouveau film en apnée de Guillaume Néry et Julie Gautier

C’est à Rangiroa, en Polynésie, que Guillaume Néry et Julie Gautier nous entraînent dans un nouveau courant apnéique. Après « Freefall » en mai 2010, et « Narcose » en mai 2014, voici leur troisième film, sorti ce jeudi 11 décembre sur les écrans web de notre planète apnée : Ocean Gravity.

Côté bande-son, tout commence par la résonance plutôt aigue d’un gong électronique, et d’une corde synthétique plutôt grave. On survole un sol quasi-lunaire. Sommes-nous sur une comète grâce à la sonde Rosetta ? C’est à s’y méprendre.

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Une autre planète bleue.

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Le film NARCOSE de Julie Gautier, avec Guillaume Néry

Film Narcose de Julie Gautier avec Guillaume Nery« La narcose, aussi appelée l’ivresse des profondeurs, est l’ensemble des phénomènes qui agissent sur le système nerveux du plongeur et entraînent des troubles de la perception. »

C’est par cette phrase que commence le superbe film Narcose de Julie Gautier avec Guillaume Néry.

A bord du bateau, probablement dans la rade de Villefranche-sur-mer. On entend Guillaume se préparer, faire ses exercices de ventilation, une vision vécue de l’intérieur. Un regard, un geste, un sourire, complicité de Julie envers Guillaume. Viennent le bleu, le monopalme, qui jouent avec le soleil. Rejoindre la corde, lentement rejoindre le calme.

Une digression dans un lac de montagne, une vue générale cadrée en plongée, le monopalme de Guillaume comme la nageoire définitive d’un mammifère humain. On plonge. Les ondulations, les compensations invisibles, la descente le long du filin, le bruit du mousqueton accompagnant la descente. Le moment précis où la chute libre commence. Le silence des yeux fermés. Plus bas, bien plus bas, au bout du bout, les lumières de la plateforme d’arrivée, de la plateforme sommitale et profonde.

Arrivé au fond, le premier flash. Le retournement. La remontée, déjà. S’ensuivent les images mentales de la narcose : une bulle transparente faisant office de prison bleue, des petits personnages inquiétants aux yeux verts, une course contre la montre, une fuite, la chute, de nouveau. C’est magnifique. Et la scène du mariage d’apnées, déjà culte.

Il y a du Romain Duris dans le sourire de Guillaume Néry, une insouciance adolescente à la Gus Van Sant, à moins que ne se prépare la célèbre scène du mariage de Quentin Tarantino dans Kill Bill. Heureusement, tout est bien qui finit bien : le sang est le bleu de la mer, la mariée dit oui à cette marée de rythmes cardiaques. Un enchevêtrement de corps en apesanteur, des nymphes, des muses, des beautés nues, érotiques et célestes.

Le film se termine avec l’apparition de la vie. Elle, si belle, enceinte d’oxygène. Encore une photographie simplement splendide, épurée. Thoreau disait « simplifiez, simplifiez », c’est réussi. Nous sommes éblouis. Déjà la fin, déjà la surface, la possibilité, non pas d’une île, mais de l’air, simplement de l’air. La dernière image comme une première respiration. Bravo !

Mettez un casque sur les oreilles, pour être certain de tout ressentir, regardez en HD, c’est magnifique :

Analyse de lecture du livre « Profondeurs » de Guillaume Néry

Guillaume Néry, "Profondeurs", aux Editions Arthaud.
Guillaume Néry, « Profondeurs », aux Editions Arthaud.

Guillaume Néry vient de publier son premier ouvrage « Profondeurs » aux Editions Arthaud, écrit en collaboration avec le journaliste Luc Le Vaillant.

Avec ce premier livre, Guillaume Néry réussit le pari double et audacieux de faire découvrir le monde de l’apnée profonde à celui ou celle qui ne le connaît pas, tout en venant consolider les acquis de celles et ceux qui pensaient tout connaître sur l’apnée en général, et sur Guillaume en particulier.

Guillaume Néry aurait pu être ce frère jumeau, ce compagnon de cordée ou de bleu profond, ce confident de lectures et de spiritualités, cet athlète avec qui partager les entraînements et les sensations. Cette autobiographie fait du bien, elle ouvre des portes et on en ressort comme grandi, avec le désir de rejoindre Guillaume dans ce bleu qu’il affectionne tant. Sur le style, d’abord très (trop ?) présent sur les premières pages, le journaliste Luc Le Vaillant nous fait plonger dans des métaphores et oxymores qui amusent au début, puis qui finissent par agacer. Heureusement, au fil des pages qui tournent, ce style très personnel s’efface petit à petit pour laisser place à une vraie collaboration d’écriture entre l’apnéiste et le rédacteur. Sur la forme et sur le fond, le schéma global du livre, son chapitrage, est un voyage, un voyage qui part de la surface de l’eau, du zéro, qui nous emmène jusqu’à – 125 mètres, et qui nous ramène à la surface, à son soleil salé. Et comme accrochées telles des plaquettes tout le long de ce câble profond, des dizaines d’apartés, d’anecdotes, de digressions. Un schéma complètement novateur qui change de l’habituelle autobiographie « Je suis né le…….à………. de parents……..et j’ai découvert……..à l’âge de………., etc. ». Comme le dit Herbert Nitsch, Guillaume Néry a le gêne de l’innovation en lui, briser les idées reçues et repousser les limites fait partie de son quotidien. C’est chose faite dans ce livre.

« Je ne suis pas un sportif qui cherche à développer ses muscles pour ses performances. Je suis un mammifère humain qui doit exhumer des capacités qu’il possédait quand il était cousin des mammifères marins. »

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Guillaume Nery

Photo Franck Seguin, Paris Match, tous droits réservés.

Un excellent article (merci Alex !) de Luc Le Vaillant paru avant-hier dans Libération à propos de Guillaume Nery, un apnéiste avec qui nous nous sentons proches de par ses valeurs, ses réflexions et ses rêves…

Champion d’apnée, ce Niçois descend pour élargir son champ d’expérience, mariant sport, méditation et mise en scène.

Par LUC LE VAILLANT

Il voulait être astronaute. Il pensait aussi à devenir astronome. Aujourd’hui, encore, on le sent hésiter entre l’aigu de la performance et la vastitude de la connaissance de soi. Ces deux désirs, ces deux univers, il tente de les accoupler.

Sportif et introspectif, plus stellaire que starisé, Guillaume Néry, 31 ans, est un champion de plongée qui rêve parfois d’être le premier humain à débarquer sur Mars. En mer, il descend tout en bas, en apnée, sans masque, sans gueuse, sans ballon gonflable. Au ciel, il monterait bien très haut, malgré la lourdeur de la technologie spatiale. Mais quand on tente de l’apparenter à Félix Baumgartner, le para autrichien aux 39 km de chute libre, Néry prend de la distance. Il dit : «C’est beau, mais on a senti la lourdeur de l’opération marketing.» Néry poursuit d’autres buts : relativiser le poids de la condition humaine, faire de son corps un être évanescent. Suivons-le dans ces allers-retours entre ici et en bas.

Au niveau de la merIl est au ras de l’eau, nez au ciel, tête en l’air. Il s’hyperventile à goulées pressées, en petit chien fureteur, puis il bascule vers les abysses, avec une douceur surprenante. Il palme majestueusement, bras projetés en heurtoir avancé.

Depuis le Grand Bleu, la pensée commune veut que les apnéistes s’assimilent à des dauphins, animaux frères, passeurs en intelligence, communicants stridents. Flirtant avec l’autodérision, Néry se préfère cachalot, seul mammifère marin à descendre à 3 000 mètres, mammouth des profondeurs à la mâchoire prognathe et à l’élégance embarrassée. En civil, Néry est plutôt laminaire pensante, grande chose ondulatoire déterminée par la mécanique des fluides. Il mesure 1,85 mètre, pèse 73 kilos et affine une silhouette de mannequin marsouin, frange délavée sur ligne de sourcils à horizon dégagé, manières douces et voix juvénile enveloppant un vocabulaire construit, élaboré, agrémenté de toute la profondeur requise. Le sex-appeal à pince-nez faisait déjà son effet malgré l’isotherme des combinaisons. Un clip aquatique a révélé son charisme en dette d’oxygène. Néry marchait sous l’eau, Christ descendu par choix, et pas les bras en croix. Il finissait par se laisser happer par le vide interdit, basculant dans la fosse fatale où l’entraînait son aisance. Cette vidéo a fait merveille pour ses difficiles chasses au trésor. La publicité et la chanson l’ont stipendié en conséquence. Oh, ne rêvez pas, toujours à des tarifs très raisonnables ! Ajoutez quelques conférences en entreprises, l’apport d’une marque de montre, d’autres équipementiers et de la ville de Nice, et Néry se retrouve l’un des seuls à vivre de son sport quand ses copains doivent faire pompier ou éducateur. Il se rémunère grosso modo 4 000 euros mensuels quand il ne lui faut pas réinvestir pour de nouveaux tournages, harponneurs d’annonceurs.

A – 35 mètres. Passé cette limite, tout corps plongé dans l’eau accélère sa descente sans plus aucun effort. La flottabilité devient négative. Bye bye Archimède ! Le noir gagne. Et le plongeur peut se la raconter immersion métaphysique. Néry : «L’apnée, c’est passer de l’autre côté du miroir, couper avec la vie terrestre.» Il aime s’affronter à l’immensité, à l’inconnu. Il se voit spationaute égaré dans le cosmos de ses questionnements. Il lui arrive même de s’imaginer«petit point bleu pâle perdu au milieu de rien», tel la terre mère devenue refuge microscopique quand regardée depuis la sonde Voyager, aux confins du système solaire.

Ado, Néry découvre l’apnée à Nice sous la houlette de Claude Chapuis. Celui-ci veut couper avec la philosophie orientalisante et doloriste qui pouvait encombrer les esprits au temps de l’époque héroïque de la discipline. Chapuis veut démontrer que «l’apnée peut être fun», qu’on peut y aller «en rigolant», que c’est un sport. Il leur dit : «Regardez, pas besoin d’être un grand yogi pour y parvenir!»

Aujourd’hui, passé 30 ans, Néry prend ses distances avec cette laïcisation de l’exercice. Fils d’une prof de maths et d’un technicien en médecine nucléaire, il est pourtant de culture cartésienne. Il dit : «Je croyais à la science, au progrès.» Il a bougé, a lu la Faim du tigre de René Barjavel, s’est intéressé «à la magie du corps humain», s’est ouvert à la méditation, au bouddhisme. Désormais, il peut bien exceller en ski de fond, en vélo, en escalade, il trouve que «le yoga est un excellent complément». Il tente d’hybrider tout ça. Il veille aussi à ne pas se lester exagérément du souvenir de Loïc Leferme, modèle admiré et grand frère regretté, disparu lors d’un entraînement pour cause de matériel défaillant.

A – 119 mètres. Quasi à l’aveugle, car il ne porte pas de masque, il décroche la plaquette qui valide sa descente. Les poumons rétrécissent, le rythme cardiaque ralentit, l’état de conscience vacille. Il en dit : «T’es loin. T’es déconnecté. T’es complètement écrasé. Mais, c’est très agréable.» Le record du monde est à – 125 mètres. Il est détenu par un jeune Russe, fils d’une plongeuse vedette. Néry a 6 mètres à gagner, peut être dès cette semaine aux Bahamas. Cela ne se fait que pas à pas. Il dit : «Je crois au hasard. Je fais les choses avec douceur. Ça viendra.» Il ajoute : «L’apnée révèle notre état profond. C’est une question d’équilibre sur le long terme et non de préparation extrême.»

Il faut palmer sévèrement pour remonter vers la lumière. La narcose guette, tapie en murène psychédélique dans la grotte d’un cerveau gavé d’azote et de CO2. Néry : «Il faut la laisser venir, accepter que coexistent deux niveaux de conscience.»

Avec bouteilles, l’ivresse des profondeurs fait planer, «façon cannabis». En apnée, cela ressemblerait plus «à des trips d’acide». Les images viennent par flashs colorés, les pensées percutent les angoisses, qui succèdent aux délires. Néry s’imagine marié avec sa compagne Julie Gautier, plongeuse elle aussi, née à La Réunion, biologiste marine. Ou, avant qu’elle ne naisse, il fait déjà exister leur toute petite fille, Maï-Lou. Les images qui s’entrechoquent n’ont plus rien à voir avec celles d’Hergé et du Trésor de Rackam le Rouge qu’il feuilletait, enfant. Elles ressembleraient plus aux geysers sanglants de Drive, l’un de ses films culte. Et la musique qui baignerait le tout serait celle de Björk, «pour sa capacité de réinvention» et aussi «pour ses évocations de l’Islande, terre brute où l’élément est fort». Néry se décrit écolo, mais il préfère«éviter de jouer les donneurs des leçons». Et puis aussi «de gauche», sans hésitation.

A – 5 mètres. Il cesse enfin de palmer, remonte sur la lancée. L’aller-retour a duré 3 minutes et demi quand, immobile, un apnéiste peut tenir 11 minutes.

Il émerge à sa guise, à sa façon souple et lucide, échappant à l’ombre portée d’Enzo (Maiorca), de Jacques (Maillol) et autres vedettes du delphinarium mythique. Facile, réfléchi, il brise le miroir bleuté qui le ramène à la décevante surface des choses. 

En 6 dates

11 juillet 1982 Naissance à Nice. 1996 Débute l’apnée. 2002 Record du monde junior (-87 m). 2010 Réalise Free Fall, court métrage. 2011Champion du monde à Kalamata (Grèce) avec -117 m. 20 au 30 novembre 2012 Championnat du monde aux Bahamas.

Source : http://www.liberation.fr/sports/2012/11/18/guillaume-nery-il-fait-la-plonge_861318