André Van Lysebeth, le Yoga, Pranayama, les ions négatifs, et l’apnée

André Van Lysebeth (né en 1919 et mort en 2004, auteur entre autres des ouvrages « J’apprends le yoga » et « Je perfectionne mon yoga ») est le premier à avoir su amener et transposer le yoga oriental en occident de façon authentique et profonde. Avant lui, les auteurs occidentaux ayant essayé ne l’ont fait qu’à partir de connaissances superficielles. Quant aux hatha-yogis hindous, ils s’adressaient à des lecteurs indiens ayant déjà une formation poussée et vivant dans un milieu favorable à la pratique du yoga. Ne parlons même pas des textes sanskrits anciens sur lesquels s’appuie tout enseignement authentique du prânayâma, car ces textes sont intentionnellement hermétiques afin d’être gardés secrets…

Nous vous livrons quelques extraits choisis tirés de l’ouvrage “Pranayama : la dynamique du souffle”, paru aux Editions Flammarion en 1971, et intentionnellement orientés « scientifiques » qui nous permettent à nous, occidentaux, de faire le lien et de comprendre ce qu’est le prana.

(…) “J’ai bien l’impression d’avoir été Ie premier à établir une corrélation entre certaines découvertes scientifiques et la théroie yogique du prana. M’appuyant sur des recherches occidentales, effectuées sans aucun lien avec Ie yoga, j’ai la conviction qu’une des formes, sinon LA forme principale du prana atmosphérique est constituée par les ions negatifs libres, ces minuscules paquets d’énergie électrique vehiculés par les atomes d’oxygène de l’air, et que cette énergie est assimilée par notre organisme.” (…)

(…) Le Prana est au yoga ce que l’électricité est à notre civilisation. Imaginons que la machine à remonter Ie temps de Orson Wells nous mette en présence d’un yogi, deux mille ans avant notre ère. Imaginons que nous lui decrivions notre civilisation, avec les avions, Ie téléphone, la radio, la télévision, les aspirateurs, les frigos, les voitures, sans oublier les satellites et les fusées spatiales, en passant par les lampes de poche, les microprocesseurs, les tramways et les mixers, mais en « oubliant » de lui parler de I’électricite : il aurait une vue bien faussée de notre civilisation. II ne comprendrait rien à son moteur essentiel, cette energie électrique qu’il nous arrive par ailleurs d’oublier, sauf en cas de panne de courant ! (…)

(…) Le mot pranayama se compose de « ‘prana », et de « ‘ayama » qui veut dire longueur, expansion, retention, mais aussi contral. « Pranayama  » est donc la science yogique du centre du prana dans I’être humain. Vous remarquerez que nous n’avons pas écrit « corps humain », car Ie pranayama vise plus que Ie physique. Le pranayama est la plus vitale des sciences, car en fin de compte toutes les énergies qui se manifestent sous forme de vie sont d’ordre pranique : consciemment tout être vivant manipule du prana, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, sans cependant faire du pranayama. Le but du yoga est d’intensifier et de contrôler CONSCIEMMENT ce métabolisme pranique pour décupler les énergies physiques, mentales et psychiques de l’adepte. Traduire pranayama par « exercices respiratoires » ou « contrôle du souffle » donnerait une vision étriquée de la question, car Ie contôle du souffle n’est pas Ie but, il n’est qu’un moyen, particulierement efficace, certes, pour arriver à contraliser et à répartir les energies vitales. (…)

(…) Swami Sivananda dit : « Prana est la somme totale de toutes les énergies contenues dans l’univers. » Lorsque nous écrivons Prana avec une majuscule, nous désignons cette Energie Cosmique prise dans son ensemble, et prana avec une minuscule en indiquera les manifestations. (…)

(…) Le prana est présent dans l’air et pourtant il n’est ni l’oxygène, ni l’azote, ni aucun des constituants chimiques de l’atmosphère. Le prana existe dans la nourriture, dans l’eau, dans la lumière solaire, et cependant il n’est ni Ies vitamines, ni la chaleur, ni les rayons ultraviolets. L’air, l’eau, les aliments, la lumière solaire vehiculent Ie prana dont depend toute vie animale ou même végétale. La source la plus importante de prana vital est l’atmosphère. (…)

 PRANA = IONS NEGATIFS

(…) En rapprochant les théories yogiques des observations et des découvertes de la science occidentale, nous pouvons affirmer que Ie prana de l’atmosphere est constitué, sinon en totalite du moins en ordre principal, de particules électrisées, en l’occurrence les ions negatifs, et d’autre part qu’il existe dans notre corps un véritable métabolisme de l’électricité puisée dans l’atmosphère. (…)

(…) II est surprenant de constater qu’à ces rares exceptions près, la science ne se soit guère préoccupée de l’influence de l’electricite atmosphérique sur l’être humain, et cela jusqu’à une époque toute récente. Les géophysiciens nous apprennent donc que la terre est un conducteur dont la surface est chargée negativement, tandis que la haute atmosphère est positive. L’atmosphère, notre milieu vital, se trouve comprise dans un champ éIectrostatique dirigé approximativement de haut en bas, avec des différences de potentiel de 100 à 150 volts par mètre d’altitude. L’existence de ce champ de forces dirigé de haut en bas est connue en Chine depuis l’antiquité. (…)

(…)Un ion est un atome, ou fragment de molecule, chargé électriquement, et les ions sont les véritables ouvriers de la vie dans la cellule; ils constituent pour une bonne part son potentiel vital, c’est-à-dire pranique. (…)

(…) Dans l’atmosphère, nous rencontrons deux types d’ions :

– les petits ions négatifs, au ions normaux. Très actifs électriquement, ce sont de minuscules paquets d’énergie électrique à l’état presque pur. Dans l’air que nous respirons, ils sont en général constitués d’un ou de quelques atomes d’oxygène ou d’azote porteurs d’une charge qui correspond à un électron unique. Les petits ions négatifs apportent Ia vitalité à I’organisme, ils représentent Ie prana atmosphérique sous sa forme active.

– les gros ions, ou ions lents. Ceux-ci sont formes d’un noyau polymoléculaire, donc beaucoup plus gros, auquel s’est ajouté un ion negatif normal. (…)

(…) Ioniser négativement les atomes d’oxygène, c’est leur ajouter de I’énergie électrique. Cela ne se produit que sous l’influence d’importantes sources d’énergie. Lesquelles ?

– les radiations électromagnétiques émanant du soleil

– les rayons cosmiques

– les grandes masses d’eau en mouvement : océan, mer, vagues, rivières, cascades, etc.

– les forêts (…)

(…) Les poussières, les fumées, Ie brouillard enlèvent Ie prana de l’air. Le soleil, les rayons cosmiques, les masses d’eau en mouvement et en évaporation sont les facteurs principaux d’ionisation et chargent l’air de prana. (…)

(…) II existe un métabolisme de l’électricité. L’organisme absorbe de l’électricité atmosphérique, l’utilise et la rejette par la peau : plus ce métabolisme est actif par l’absorption d’ions negatifs et par l’evacuation de l’électricité excédentaire, plus l’être » est « vivant » et en bonne santé.

(…) Sous l’action des ions négatifs, on assiste à une modification des constantes respiratoires (augmentation de la pression partielle alvéolaire de l’oxygène et diminution de la pression partielle alvéolaire du gaz carbonique), alors que sous l’action des ions positifs se produit le phénomène inverse. (…)

(…) D’autre part, l’excès d’ions positifs est à l’origine d’une réduction de la capacité respiratoire vitale et du volume expiratoire maximum. Sur I’appareil circulaloire, il ne semble pas y avoir d’altération notable, alors que d’autres tests tendent à prouver que les ions positifs peuvent être à l’origine d’une déterioration des performances psychophysiologiques. (…)

(…) Pour les yogis, et par ordre d’importance, les principaux points d’absorption du prana sont :

– les terminaisons nerveuses des fosses nasales,

– les alvéoles pulmonaires,

– la langue,

– la peau.

C’est Ie nez qui, pour les yogis, représente Ie principal organe d’absorption du prana. L’air est notre principal aliment : sa privation nous fait passer en quelques minutes de vie à trepas, son insuffisance provoque des troubles physiologiques graves. A raison de 18 inspirations d’un litre d’air par minute en moyenne, notre nez livre passage dans les deux sens d’environ treize mille litres par vingt-quatre heures ! Comparés à ce volume, deux litres d’eau et un kilo de nourriture solide font piètre figure ! (…)

(…) L’air étant donc notre nourriture principale, Ie passage de cet element vital est étroitement surveillé; c’est pourquoi les cornets du nez sont tapissés d’une infinité de récepteurs nerveux ultra-sensibles pouvant déceler toutes les variations qualitatives de l’air.

Un exemple familier va nous Ie démontrer : en présence d’une personne en état de syncope, quelle est votre réaction ? Vous cherchez aussitôt Ie flacon d’ammoniaque sauveur et vous Ie faites  » respirer » à la personne évanouie. En fait, puisqu’elle est en syncope, elle ne respire pratiquement pas. A quel niveau agit Ie gaz irritant ? Dans les poumons ? Non, car seule une infime fraction pénètre jusque dans les alvéoles pulmonaires ! C’est donc sur les terminaisons nerveuses des cornets du nez que Ie gaz agit. Bientôt, la victime respire à nouveau, Ie coeur accélère ses battements, Ie visage livide rosit, les yeux s’ouvrent et, tout étonnée, cette personne se demande ce qui lui est arrivé .Cela nous démontre à quel point les cornets du nez sont en rapport avec les centres nerveux vitaux. (…)

(…) Quelle est I’erreur la plus courante que commettent les débutants non avertis lorsqu’ils veulent retenir leur souffle? Tout simplement celle de se « gonfler à bloc », car ils supposent qu’en enfermant un maximum d’air dans les poumons, ils pourront « tenir » plus longtemps. Or ce n’est pas la dernière inspiration qui est décisive pour la durée de la rétention, car l’oxygène de I’air enfermé dans les poumons représente peu de chose en comparaison de I’oxygène véhiculé par Ie sang, dont la saturation dépend des respirations précédentes. Il faut donc faire précéder les rétentions de souffle par des respirations complètes, lentes et profondes. (…)

André Val Lysebeth, “Pranayama : la dynamique du souffle”

Editions Flammarion, 1971, tous droits réservés.

Guillaume Nery

Photo Franck Seguin, Paris Match, tous droits réservés.

Un excellent article (merci Alex !) de Luc Le Vaillant paru avant-hier dans Libération à propos de Guillaume Nery, un apnéiste avec qui nous nous sentons proches de par ses valeurs, ses réflexions et ses rêves…

Champion d’apnée, ce Niçois descend pour élargir son champ d’expérience, mariant sport, méditation et mise en scène.

Par LUC LE VAILLANT

Il voulait être astronaute. Il pensait aussi à devenir astronome. Aujourd’hui, encore, on le sent hésiter entre l’aigu de la performance et la vastitude de la connaissance de soi. Ces deux désirs, ces deux univers, il tente de les accoupler.

Sportif et introspectif, plus stellaire que starisé, Guillaume Néry, 31 ans, est un champion de plongée qui rêve parfois d’être le premier humain à débarquer sur Mars. En mer, il descend tout en bas, en apnée, sans masque, sans gueuse, sans ballon gonflable. Au ciel, il monterait bien très haut, malgré la lourdeur de la technologie spatiale. Mais quand on tente de l’apparenter à Félix Baumgartner, le para autrichien aux 39 km de chute libre, Néry prend de la distance. Il dit : «C’est beau, mais on a senti la lourdeur de l’opération marketing.» Néry poursuit d’autres buts : relativiser le poids de la condition humaine, faire de son corps un être évanescent. Suivons-le dans ces allers-retours entre ici et en bas.

Au niveau de la merIl est au ras de l’eau, nez au ciel, tête en l’air. Il s’hyperventile à goulées pressées, en petit chien fureteur, puis il bascule vers les abysses, avec une douceur surprenante. Il palme majestueusement, bras projetés en heurtoir avancé.

Depuis le Grand Bleu, la pensée commune veut que les apnéistes s’assimilent à des dauphins, animaux frères, passeurs en intelligence, communicants stridents. Flirtant avec l’autodérision, Néry se préfère cachalot, seul mammifère marin à descendre à 3 000 mètres, mammouth des profondeurs à la mâchoire prognathe et à l’élégance embarrassée. En civil, Néry est plutôt laminaire pensante, grande chose ondulatoire déterminée par la mécanique des fluides. Il mesure 1,85 mètre, pèse 73 kilos et affine une silhouette de mannequin marsouin, frange délavée sur ligne de sourcils à horizon dégagé, manières douces et voix juvénile enveloppant un vocabulaire construit, élaboré, agrémenté de toute la profondeur requise. Le sex-appeal à pince-nez faisait déjà son effet malgré l’isotherme des combinaisons. Un clip aquatique a révélé son charisme en dette d’oxygène. Néry marchait sous l’eau, Christ descendu par choix, et pas les bras en croix. Il finissait par se laisser happer par le vide interdit, basculant dans la fosse fatale où l’entraînait son aisance. Cette vidéo a fait merveille pour ses difficiles chasses au trésor. La publicité et la chanson l’ont stipendié en conséquence. Oh, ne rêvez pas, toujours à des tarifs très raisonnables ! Ajoutez quelques conférences en entreprises, l’apport d’une marque de montre, d’autres équipementiers et de la ville de Nice, et Néry se retrouve l’un des seuls à vivre de son sport quand ses copains doivent faire pompier ou éducateur. Il se rémunère grosso modo 4 000 euros mensuels quand il ne lui faut pas réinvestir pour de nouveaux tournages, harponneurs d’annonceurs.

A – 35 mètres. Passé cette limite, tout corps plongé dans l’eau accélère sa descente sans plus aucun effort. La flottabilité devient négative. Bye bye Archimède ! Le noir gagne. Et le plongeur peut se la raconter immersion métaphysique. Néry : «L’apnée, c’est passer de l’autre côté du miroir, couper avec la vie terrestre.» Il aime s’affronter à l’immensité, à l’inconnu. Il se voit spationaute égaré dans le cosmos de ses questionnements. Il lui arrive même de s’imaginer«petit point bleu pâle perdu au milieu de rien», tel la terre mère devenue refuge microscopique quand regardée depuis la sonde Voyager, aux confins du système solaire.

Ado, Néry découvre l’apnée à Nice sous la houlette de Claude Chapuis. Celui-ci veut couper avec la philosophie orientalisante et doloriste qui pouvait encombrer les esprits au temps de l’époque héroïque de la discipline. Chapuis veut démontrer que «l’apnée peut être fun», qu’on peut y aller «en rigolant», que c’est un sport. Il leur dit : «Regardez, pas besoin d’être un grand yogi pour y parvenir!»

Aujourd’hui, passé 30 ans, Néry prend ses distances avec cette laïcisation de l’exercice. Fils d’une prof de maths et d’un technicien en médecine nucléaire, il est pourtant de culture cartésienne. Il dit : «Je croyais à la science, au progrès.» Il a bougé, a lu la Faim du tigre de René Barjavel, s’est intéressé «à la magie du corps humain», s’est ouvert à la méditation, au bouddhisme. Désormais, il peut bien exceller en ski de fond, en vélo, en escalade, il trouve que «le yoga est un excellent complément». Il tente d’hybrider tout ça. Il veille aussi à ne pas se lester exagérément du souvenir de Loïc Leferme, modèle admiré et grand frère regretté, disparu lors d’un entraînement pour cause de matériel défaillant.

A – 119 mètres. Quasi à l’aveugle, car il ne porte pas de masque, il décroche la plaquette qui valide sa descente. Les poumons rétrécissent, le rythme cardiaque ralentit, l’état de conscience vacille. Il en dit : «T’es loin. T’es déconnecté. T’es complètement écrasé. Mais, c’est très agréable.» Le record du monde est à – 125 mètres. Il est détenu par un jeune Russe, fils d’une plongeuse vedette. Néry a 6 mètres à gagner, peut être dès cette semaine aux Bahamas. Cela ne se fait que pas à pas. Il dit : «Je crois au hasard. Je fais les choses avec douceur. Ça viendra.» Il ajoute : «L’apnée révèle notre état profond. C’est une question d’équilibre sur le long terme et non de préparation extrême.»

Il faut palmer sévèrement pour remonter vers la lumière. La narcose guette, tapie en murène psychédélique dans la grotte d’un cerveau gavé d’azote et de CO2. Néry : «Il faut la laisser venir, accepter que coexistent deux niveaux de conscience.»

Avec bouteilles, l’ivresse des profondeurs fait planer, «façon cannabis». En apnée, cela ressemblerait plus «à des trips d’acide». Les images viennent par flashs colorés, les pensées percutent les angoisses, qui succèdent aux délires. Néry s’imagine marié avec sa compagne Julie Gautier, plongeuse elle aussi, née à La Réunion, biologiste marine. Ou, avant qu’elle ne naisse, il fait déjà exister leur toute petite fille, Maï-Lou. Les images qui s’entrechoquent n’ont plus rien à voir avec celles d’Hergé et du Trésor de Rackam le Rouge qu’il feuilletait, enfant. Elles ressembleraient plus aux geysers sanglants de Drive, l’un de ses films culte. Et la musique qui baignerait le tout serait celle de Björk, «pour sa capacité de réinvention» et aussi «pour ses évocations de l’Islande, terre brute où l’élément est fort». Néry se décrit écolo, mais il préfère«éviter de jouer les donneurs des leçons». Et puis aussi «de gauche», sans hésitation.

A – 5 mètres. Il cesse enfin de palmer, remonte sur la lancée. L’aller-retour a duré 3 minutes et demi quand, immobile, un apnéiste peut tenir 11 minutes.

Il émerge à sa guise, à sa façon souple et lucide, échappant à l’ombre portée d’Enzo (Maiorca), de Jacques (Maillol) et autres vedettes du delphinarium mythique. Facile, réfléchi, il brise le miroir bleuté qui le ramène à la décevante surface des choses. 

En 6 dates

11 juillet 1982 Naissance à Nice. 1996 Débute l’apnée. 2002 Record du monde junior (-87 m). 2010 Réalise Free Fall, court métrage. 2011Champion du monde à Kalamata (Grèce) avec -117 m. 20 au 30 novembre 2012 Championnat du monde aux Bahamas.

Source : http://www.liberation.fr/sports/2012/11/18/guillaume-nery-il-fait-la-plonge_861318