Interview de Arthur Guerin-Boeri

Arthur Guerin Boeri 2Nous inaugurons un nouveau type d’articles pour le site www.apnee-savoie.com : les interviews d’apnéistes. Présentations, pourquoi l’apnée, le rapport à l’eau et à l’air, les entraînements, la préparation physique et mentale, le matériel, de quoi apprendre des bonnes pratiques et partager le quotidien de nos champions !

Nous ouvrons le bal avec une performance toute récente réalisée par Arthur Guerin-Boeri lors des derniers Championnats de monde CMAS à Kazan.

1. Déclinez votre identité ! Nom, prénom, âge, lieu de vie, nom du club.

GUERIN-BOERI Arthur, 29ans, Paris 9ème – Apnée Passion (Montreuil – 93), CSMB Bonneuil (Bonneuil S/Marne – 94), Les Dauphins de Nogent (Nogent S/Marne – 94)

2. Suite aux Championnats du Monde CMAS de Kazan ce mois-ci et suite à ta magnifique performance (200 mètres en DNF), comment te sens-tu ? C’était prévu ou était-ce une grosse bonne surprise ?

J’avoue avoir du mal à me laisser pénétrer par l’événement, je veux dire par là, prendre conscience de l’énormité de la chose. Je reste le même, et c’est avant tout ce que je souhaite dire à mes proches et mon entourage : je suis toujours Tuture ! Mais d’autre part c’est une immense joie et une grande fierté que j’aime à partager. C’était une énorme surprise, je ne m’attendais pas à aller si loin, même si mes coachs m’ont avoué, eux, l’avoir senti venir.

3. Quand as-tu découvert l’apnée ? Depuis combien de temps pratiques-tu en club dans un souci d’entraînement et de compétition ?

J’ai découvert l’apnée il y a 3 ans, à Apnée Passion à Montreuil. Et ces championnats du Monde mettent un terme à ma première année de compétition.

4. Qui sont tes références, tes modèles, tes guides, bref les gens que tu apprécies dans le milieu de l’apnée en particulier, et dans la vie en général, qui t’aident pour ta pratique ?

William Trubridge pour l’apnée, puis je suis aussi issu de la génération Grand Bleu évidemment. C’est bateau je sais mais… merde je suis fan, je n’y peux rien !

5. Considères-tu l’apnée comme un sport, ou comme autre chose ?

Un sport évidemment, oui. Mais aussi un complément indispensable à mon équilibre. L’apnée m’a littéralement sauvé, car il y a 4 ans lorsque j’ai commencé, je n’étais pas le même homme, c’est certain !

6. Pourquoi pratiques-tu l’apnée ?

Parce que j’y trouve la sérénité, le calme et le silence que je cherche à la surface. Parce que j’aime l’ambiance de mes clubs, parce que j’aime la compétition. Parce que je ne me vois aussi à l’aise dans aucun autre sport. Parce que c’est beau.

7. Quel est ton rapport à l’eau ? A l’air ?

J’adore l’eau depuis tout petit. Je m’y sens à l’aise. J’adore la glisse, l’apesanteur. C’est technique et planant à la fois. C’est pour moi synonyme de pureté, de sérénité. Moins quand je fais des bombes pour mouiller toute l’assistance lors des barbecues autour de la piscine !

8. Quelles autres disciplines t’aident dans ton entraînement ? Vélo ? Muscu ? Natation ? Sophrologie ? Yoga ? Visualisation ? Autre ?

Au niveau du cardio, je cours la plupart du temps (2x/semaine). En plus de cela, une fois par semaine je varie avec, soit une séance de nage libre, soit du vélo allongé, soit du rameur, ces deux derniers mois chez mon coach en prépa physique, Laurent de Beaucaron. Lorsque je suis sur le vélo ou le rameur, j’ajoute quelques exercices d’apnée. Quelques abdos/pompes tous les matins, et c’est good ! Pour la visualisation, c’est sûr que parfois je me prends un peu la tête avec ça, au point que ça puisse m’empêcher de dormir. Surtout la semaine précédant la perf. Je me visualise la distance et la plongée, en temps réel. Avec la phase de confort, l’apparition des première gênes, puis la phase de lutte. Le jour de la perf, 1h de yoga, mais en dehors de ça, je n’en fait pas souvent.

Arthur Guerin Boeri 3

9. Combien d’entraînements, tout confondu, fais-tu par semaine ? Combien d’heures au total ?

3 entrainements d’apnée en piscine, 2 à 3 cardios, 1 PPG, par semaine. En tout donc environ 3h30-4h d’apnée, 2-3h de cardio par semaine.

10. Les entraînements c’est plutôt : beaucoup de souffrance pour beaucoup de plaisir, ou beaucoup de plaisir et peu de souffrance ?

Ça dépend de l’état de forme et du type d’entrainement. C’est sûr que l’hypercapnie en début de saison c’est dur. Mais j’aime bien bosser, et surtout j’adore cet état après une bonne séance, d’avoir l’impression de flotter, que rien ne peut nous atteindre. Et aussi le sentiment d’avoir bien avancé dans sa prépa, d’avoir fait bosser sa physio.

De toute façon il n’y a pas de secret : si on veut faire du haut niveau en apnée, ça passe par de la souffrance, et je crois que c’est comme ça pour tous les compétiteurs à partir d’un certain niveau. En quelques rares exceptions, on peut rencontrer des apnéistes qui vous disent :  » A partir de 75m, je ne sens plus rien, je suis sur un nuage… ». Je pense que c’est des mecs ou des nanas qui n’ont pas une physio classique !

Au contraire, chez moi, bien que je n’ai quasiment pas de spasmes diaphragmatiques, j’ai toute une série d’alertes très fortes qui se mettent en place, et me font remonter avant le blackout. Je pense que c’est pour cela que je n’ai encore jamais gouté aux joies de la PCM et de la syncope. Déglutitions à répétition, paresthésie au niveau des mains, puis des avant-bras, jambes lourdes, douleurs abdominales… Au bout d’un moment, tout cela me fait remonter ! Mais de toute façon, cela reste un plaisir.

Sur mes 4 minutes d’immersion pour le 200m, c’est 1min de planage total, 1min de transition, et 2 min de combat, tout cela pour des jours et des jours de bonheur derrière, donc ça vaut le coup.

11. Quelles sont tes disciplines préférées (STA, DYN, DNF, CWT, FIM, CNF, etc.) ?

Dans ma jeune carrière d’apnéiste, vous allez rire mais je n’ai quasi-aucune expérience en mer. Mais je sais déjà que le poids constant sans palmes me plairait bien. Indoor, le DNF reste la discipline où je suis le plus à l’aise. N’ayant quasiment aucune expérience en mono, je reviendrai sur cette question à l’issu de la prochaine saison ! Je n’apprécie pas particulièrement la statique. J’ai un max perso à 6.15min, sans carpes, à sec. C’est déjà bien assez long je trouve ! Mais c’est sûr qu’il va falloir que je me diversifie.

12. En DYN aux entraînements, tu travailles en général plutôt sur des séries courtes (50 / 75m) ou sur des séries longues (100 / 150m) ?

Je suis un adepte de la « Méthode Lescure », de mon coach du même nom, et dont je tairai les secrets, mais qui nous fait travailler dans le plaisir, sur des distances bien en deçà de nos max. Mais de toute façon, tout dépend de la période de l’année, à savoir si l’on travaille l’hypercapnie ou l’hypoxie. Une fois ou deux par saison nous allons taper un max, uniquement à la demande de l’apnéiste. Le coach ne nous l’impose pas.

13. Pour toi, le DNF ressemble plutôt à du STA ou plutôt à du DYN ?

Plutôt à du DNF ! :-)

14. Quelle a été, à peu près, ton échelle de progression en DNF ces 3 dernières années ?

Une échelle plutôt raide ! J’ai passé mon premier 100m en tout début d’année. Puis j’étais à 107m en février à Chartres et 125m à Melun en Mars. J’ai sorti 132m aux championnats d’Ile-De-France à Nogent S/Marne en Avril, puis 157m au championnats de France en Mai. Pour finir, 165m à l’entrainement avant Kazan, 183m aux qualifs, et le bouquet final le lendemain avec 200m.

15. Si on revient sur ta performance, 200 mètres en DNF parcourus en 3.53min à peu près, tu es à une moyenne de 58 secondes aux 50 mètres, avec au début de la performance 2.5 mouvements aux 25m, puis en fin de performance plutôt 4 mouvements. Pourquoi ce changement ?

L’envie de respirer appelle le mouvement, je crois que c’est le cas chez bon nombre d’entre nous…Même si je suis bien plus constant qu’avant.

16. Tu arrives aux 150 mètres, tu fais ton virage, comment abordes-tu les derniers 50 mètres mentalement ?

A 150m je suis bien plus confiant qu’à 100m. J’ai un point de non-retour qui se situe en général aux alentours des 75m. C’est là que je sors lorsque le mental ne passe pas. Cela correspond au moment où je bascule dans la phase de lutte. Je tourne à 75m et à 100m en me disant que je n’irai jamais jusqu’au bout. Passé 125m, ce sentiment disparait. A 150m, je ne pense plus qu’à compter les mètres, évaluer ma position par rapport à la longueur du bassin, visualiser la distance qu’il me reste à parcourir, et surtout, être à l’écoute de mes sensations, de toutes les alertes qui montent, les analyser, et rester bien conscient.

17. Question matos, quelle mono-palme utilises-tu ? Combien de kilos au plomb de cou en DNF et en DYN ? Quelle combinaison en DNF ? En DYN ? En STA ?

Alors je viens d’acheter ma première mono d’entrainement. Une Oleg plate (sans ailettes). Je pense que je vais me faire les jambes dessus pendant un moment pour bien maitriser le mouvement. Pour la mono performance je vais peut-être me laisser tenter par Triton. Un véritable artisan qui fait du sur-mesure. Pour l’instant on ne m’en a dit que du bien. L’avantage est qu’il adapte la taille de ses voilures, notamment en largeur, pour les grands gabarits. Jusqu’à présent en DYN, j’utilisais un plomb de cou de 3.2kg en bi-palmes donc. Avec la mono il va falloir que je revois tout ça. En fonction de ma vitesse de nage et de ma flottabilité avec la future combi. En DNF, en perf j’utilise 5kg cou et 5kg taille. Le cou, je l’ai fabriqué moi-même, la taille est une ceinture plate confectionnée avec du plomb fondu moulé dans une forme hydrodynamique. Il a été réalisé par Patrice Balay, MEF1 cadre au CSMB Bonneuil, qui a eu cette idée ingénieuse. J’utilise une combinaison Dessault Element pour le DNF, que je me suis procuré un mois avant le départ pour Kazan (merci Dessault). Je ne m’en suis donc servi que pour du DNF durant la dernière phase d’entrainement puis à Kazan. Avant cela j’utilisai donc une AquaSphere pour les 3 disciplines.

Mais cela va changer. Dorénavant, j’aimerais me tourner vers du TopStar (qui équipe déjà Romain Doris) pour le DNF, voir aussi pour le DYN. Ça m’a l’air d’être le meilleur compromis, pour une 1.5mm sur mesure avec capuche. Elios était aussi intéressant, mais les TopStar sont parait-il plus solides. Pour la statique, je ne suis vraiment pas frileux, un petit lycra en plus la dessus et roulez jeunesse.

18. Ton intégration à l’équipe de France FFESSM s’est bien passée ? Quels ont été les principaux changements par rapport à ta façon de t’entraîner ?

L’intégration a été topissime! Je me suis retrouvé en stage à Mulhouse à l’issue des championnats de France. C’est là que j’ai rencontré l’équipe. Je pense pouvoir dire que c’est ce qui me touche le plus dans cette aventure : cet esprit d’équipe. C’est juste hors du commun. J’avais des doutes au départ, ce qui est normal, sur ma place dans l’Equipe, car je suis arrivé à ce niveau bien vite sans avoir le temps de prendre le recul nécessaire. Mais heureusement ils étaient là, notamment les coachs Arnaud Ponche et Christian Vogler, notre capitaine Olivia Fricker et notre préparateur mental Robert Brunet, pour me rassurer, m’intégrer et me donner confiance. Sans eux ça n’aurait pas été possible. C’est troublant d’avoir par exemple un Xavier Delpit qui vous félicite, les larmes aux yeux en sautant dans vos bras à la sortie du 200m, quand pas plus que 4 mois avant, c’était encore une idole en poster dans votre chambre (j’exagère je n’ai pas de poster de Xavier dans ma chambre).

Le staff France avait un objectif pour moi, au vue de la détection à Montluçon et de ma progression . C’était celui de m’amener à 200m. Ils m’ont donné la boite à outils et les objectifs de progression à atteindre pour les deux mois de préparation avant les mondiaux. Ils suivent avec attention ce qui se fait sur le circuit international et savaient à quel niveau se ferait le podium.

Par rapport aux entrainements, j’ai rajouté pas mal de cardio, mais aussi l’utilisation des plaquettes, petites palmes, pull-boy et planche, que j’utilisais moins avant, et pour des exercices différents. Beaucoup plus de travail ciblé (jambes, bras, épaules etc…). Evidemment j’ai allongé les distances, je ne peux pas le nier. Et pour finir, plus de muscu. Donc en gros plus de tout en fait !

19. Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut débuter l’apnée ? Puis à quelqu’un qui pratique mais qui stagne dans ses performances ?

Pour quelqu’un qui débute l’apnée, je lui donnerai comme conseil d’écouter son intuition, son corps, et bien sûr, avant tout, de se faire plaisir, ce qui est le maître-mot de ce sport. A quelqu’un qui stagne dans ses performances, il n’y a pas de secret : respecter des jours de récupération, à savoir au moins un jour entre deux gros entrainements. 3 entrainements par semaine semble être un bon rythme. Ajoutez à cela 2 séances de cardio, un peu de muscu, un peu de diététique, de la relaxation, des étirements (thoraciques notamment), et si vous ne progressez toujours pas c’est que vous êtes au bout de votre physio !

20. Un mot de la fin ?

Fiez-vous à votre intuition, agissez d’instinct !

Arthur Guerin Boeri 1

3 réflexions sur “ Interview de Arthur Guerin-Boeri ”

  1. premier interview que je lis de toi… et je suis fan de ton approche de l’apnée, de ta progression supersonique… et de ta perf aux championnats du monde !
    je te souhaite encore beaucoup de belles apnées et de durer longtemps sans BO !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s