Interview exclusive de « Petite furie »

Georgette Raymond 1Georgette Raymond, alias Petite furie, ou encore Fanny pour les intimes, a joué cartes sur table le jeu de l’interview. Nous sommes heureux de publier ses réponses précises, sincères, parfois cocasses, souvent émouvantes…

1. Déclinez votre identité ! Nom, prénom, âge, lieu de vie, nom du club. Au fait, on t’appelle comment : Georgette ? Fanny ? P’tite furie ? 

RAYMOND Georgette, alias Petite furie. J’habite Sarrebourg et je suis licenciée au CPS. Les amis m’appellent  aussi Fanny qui est mon 2ème prénom. Je hais « Georgette » !

2. Dans les esprits, tu es et tu resteras celle qui a fait 200 mètres en Dynamique monopalme (DYN) en 2011 lors des Championnats de Monde CMAS à Tenerife. Comment te sens-tu aujourd’hui par rapport à cette performance ? As-tu eu l’occasion de confirmer en compétition ou en entraînement ? 

Aujourd’hui je me sens juste déconnectée. Ces 200m ont été avant tout 200m de plaisir façon Petite furie, façon « feignasse ». 200m de bonheur, 200m ou j’existais, ou j’étais ailleurs dans mon monde. Pour Antalya en 2012, j’avais prévu de faire plus, mais cette semaine à été un pur cauchemar, une semaine que j’espère ne plus jamais revivre. Non, je ne fais jamais de max à l’entraînement, ce n’est pas du tout ma façon de faire.

3. Quand et comment as-tu découvert l’apnée ? Depuis combien de temps pratiques-tu en club dans un souci d’entraînement et de compétition ? 

J’ai découvert l’apnée fin 2007 via la photo subaquatique, pour m’amuser. Et puis là, j’ai vu des gens du CPS faire de la monopalme. Jouer les petites sirènes a été de suite le coup de foudre. J’ai toujours fait de la compétition, donc pour moi c’était une suite logique. De plus, c’est un sport ou l’âge ne veut pas dire grand chose. Il me suffit d’être bien et que je me sente bien avec les gens qui m’accompagnent. A Sarrebourg, de suite je me suis trouvée très bien entourée.

4. Qui sont tes références, tes modèles, tes guides, bref les gens que tu apprécies dans le milieu de l’apnée en particulier, et dans la vie en général, qui t’aident pour ta pratique ? 

Je n’ai pas de référence, pas de modèle. Je me suis construite avec mon coach Didier Zaenger. J’ai glané des infos de droite et de gauche et, avec le savoir de Didier sur l’apnée, on a fait un mix de tout cela et ma foi, cela ne nous a pas trop mal réussi. Quand j’ai démarré l’apnée, je ne connaissais rien ni personne, je n’avais donc aucune référence. Dans la pratique, tout mon Club, plongeurs y  compris, sont derrière moi pour me fournir la sécu, y compris pendant les périodes de vacances. J’ai aussi Odile  qui est toujours présente, ainsi qu’Hervé  quand le Coach est absent. Nous avons aussi notre président, Patrick qui se décarcasse pour nous trouver des sponsors pour nos déplacements. Sans oublier « Merlin » le manager qui s’est rapproché de professionnels compétents dans tous les domaines, médical ou autres.

5. Considères-tu l’apnée comme un sport, ou comme autre chose ? 

L’apnée, à haut niveau, oui c’est  un sport, mais qui demande la pratique d’autres activités complémentaires. Ce n’est pas en apnée que je me fais le plus mal. En apnée je me fais plaisir, c’est la cerise sur le gâteau du mix des autres activités.

6. Pourquoi pratiques-tu l’apnée ? 

Je pratique l’apnée car cela me permet de m’évader, de me transcender pour être dans un autre monde, pour pouvoir ressentir pleinement des choses merveilleuses. Pour être en osmose avec l’élément qu’est l’eau. Pour sentir l’eau glisser le long de mon corps. Pour me laisser partir loin puis finalement revenir. Pour être bien dans cet état second sans personne pour tout diriger. Juste moi pour être bien, pour être moi.

7. Quel est ton rapport à l’eau ? A l’air ? 

Mon rapport avec l’eau est magique, si je pouvais choisir je resterais plus souvent sous l’eau que sur terre. Quant à mon rapport avec l’air, mes sensations sont les mêmes.  Pour avoir fait de la chute libre c’est la sensation de liberté, d’être seule au monde que j’aime retrouver. Toujours ce désir d’être ailleurs, de me sentir libre, d’exister. Sur terre, trop de monde ! (rires).

Georgette Raymon 2

8. Quelles autres disciplines t’aident dans ton entraînement ? Vélo ? Muscu ? Natation ? Sophrologie ? Yoga ? Visualisation ? Autre ? 

Je fais toujours du vélo, cet été en 2 mois j’ai fait 2000 kms. L’hiver avait été très long, le printemps pourri, j’avais besoin de sortir, de m’aérer la tête, jamais je n’avais connu un tel ras le bol du carrelage des piscines. Pour le roller c’est surtout réservé à l’hiver quand je ne peux pas faire de vélo sauf VTT. En natation je pratique les 4 nages et je fais de la musculation. Pour la Sophro ou Visualisation c’est seulement 2 à 3 semaines avant une compétition.

9. Combien d’entraînements, tout confondu, fais-tu par semaine ? Combien d’heures au total ? 

Je nage 2 fois par semaine  (2 fois 1 h 30). Idem pour la musculation (2 fois 1 h). 2 fois également pour l’apnée (1 fois 1 h 15 en Free et 1 fois 1 h 45 en Dyn). A cela je fais du Roller et vélo chaque fois que la météo me le permet. Roller c’est 30 kms minimum à chaque sortie. Vélo  c’est de 50 kms à…..  150 kms quand il fait très beau.

10. Quelles sont tes disciplines préférées (STA, DYN, DNF, CWT, FIM, CNF, etc.) ? 

Je préfère, et de loin la monopalme. Le Free c’est sympa mais ca reste pour moi de la natation. Quant à la Stat,  beurkkkk !!!! Je déteste ! Pour le reste, j’attends l’occasion de faire un stage en mer pour en parler. Avis aux amateurs qui voudront bien me faire découvrir ce plaisir.

11. En DYN aux entraînements, tu travailles en général plutôt sur des séries courtes (50 / 75m) ou sur des séries longues (125 / 150m) ? 

En Dyn, que des séries courtes voyons ! Des 50 m, des 75 à 80 m (différentes allures), 1 seule fois 5 X 100 m et 4 x 125 m. Aucun intérêt si ce n’est la souffrance donc très peu pour moi. Ceci dit personne n’étant pareil, à chacun sa façon de faire.

12. Quelle a été, à peu près, ton échelle de progression en DYN depuis que tu débuté ? Des phases de progression rapide ? De la stagnation ? Comment ça se gère au quotidien ?

J’ai découvert l’apnée pour la 1ère fois en Octobre 2007. En Février 2008 lors de ma 1ère  compétition à Amiens, j’ai passé 105m en Dyn. En Juin 2009 au Championnat de France, je passais 150m et battais le record de France et par là même, je rentrais en Equipe de France. 2 mois après, le 22 Août 2009 à Aarhus lors du Championnat du Monde, je passais 175m et j’obtenais ma 1ère Médaille de Bronze. Pourtant je ne dépassais pas 105 à 110 m à l’entrainement et 135 m 8 jours avant de partir.

Ténérife en 2010 au championnat d’ EUROPE,  je passais  186 m avec 110 à 120m à l’entrainement et 135m 10 jours avant de partir. C’est en 2011 à nouveau à Ténérife lors des Championnats du Monde que j’ai passé ce fameux 200m et que je suis rentrée dans l’histoire de l’apnée Française pour avoir été la 1ère Française à passer 200 m. YOUPI ! Pourtant à l’entrainement je ne dépassais pas 125 m.  J’ai fait une seule fois 151 m à moins 17 jours avant le départ.  Je voulais refaire une max le samedi avant de partir mais elle n’est pas passée.

Alors avec DIDIER on est allé à la piscine où je travaille pour faire un 125 m virage. Cela m’a suffit pour me sentir bien et ça m’a rassuré. J’ai fais 140 m.  Didier aussi était rassuré, il me connait et sait que 5 virages suffisent à me mettre à l’aise pour la suite. Inutile de faire plus pour moi. Tout est dans ma tête. Didier à toujours respecté mes choix et mes distances.

13. Question matos, quelle monopalme utilises-tu ? Combien de kilos au plomb de cou en DNF et en DYN ? Quelle combinaison en DNF ? En DYN ? En STA ? 

Ma monopalme est une « Oleg » en carbone et ça reste ma favorite. Je mets désormais un plomb unique de 2,8 kilos pour la Dyn et le Free quel que soit la combi. Je corrige mon assiette de nage avec ma tête et c’est suffisant, je n’ai pas envie de traîner un 2ème poids dans ma valise. Coté combi, c’est une Aréna ou Aquasphère de 1 mm que je mets aussi bien en Dyn ou Free. En stat, là je mets une 7 mm.

14. Chaque année tu participes au Téléthon de Sarrebourg. Quel est le programme de ce Téléthon ? Pourquoi ce beau geste de participation ?

C’est avant tout une rencontre d’apnéistes issus de 7 Régions du Grand Est, représentée par 15 Clubs de 5 ou 6  apnéistes. Ces 15 Clubs vont effectuer des relais, sur 2 lignes d’eau, du samedi à 5h du matin au Dimanche à 11h00 sans interruption. En parallèle à ces relais, tout au long de ces 30 heures, des manifestations en tous genres accompagnent l’épreuve. On y trouve des kinés-masseurs à la disposition de tous, public et apnéistes. Là c’est un vrai bonheur de se faire masser ! Se déroulent par ailleurs des démonstrations de Fit Figthing, Karaté ou Aïkido. Le tout accompagné de groupes de musiciens ou de solistes divers. Mais le plus beau, évidemment reste la dernière heure, ou en clôture on retrouve le « célèbre » relais des Mères Noël costumées qui devant les élus de la ville, et diverses personnalités,  jouent les sirènes de charme en monopalme.

Je fais ce beau geste en toute simplicité, en usant de ma modeste notoriété pour faire venir du public en espérant récolter des fonds qui aideront la recherche pour enrayer ce fléau, la Myopathie. Je réponds « présente » oui, mais également tout le Club ainsi que tous les participants. On ne sait pas de quoi demain sera fait, peut être qu’un jour, nous aussi nous aurons besoin d’aide. Alors, être là pour tous ces enfants malades, c’est un réel plaisir.

Et cette année, pour la 1ère fois nous avons internationalisé notre manifestation avec la venue d’Andy BUHL  un apnéiste Belge très engagé, dans son pays auprès  des enfants handicapés. Aidons la recherche pour qu’un  jour nous caressions l’espoir de voir venir  une équipe de Myopathes  participer au Téléthon. Encore un grand merci à tous les Clubs et personnes présents à ce Téléthon 2013 !

15. Il y a quelques années tu avais inauguré des photos d’art en apnée, en particulier celle où tu es     vêtue d’un voile avec une ombrelle. En quoi est-ce important pour toi de lier l’apnée à ces belles images ? 

Je n’ai pas imaginé, c’est venu comme ça pour répondre à la demande d’une amie qui souhaitait faire une exposition ayant pour thème  « la femme et l’eau ». L’idée au départ était de faire sous l’eau ce que je faisais sur terre (Roller, Trottinette, etc.). La photo la plus magique à mes yeux, c’est celle de l’ombrelle, car cette photo a une histoire. Ma petite sœur est décédée une semaine avant le concours. Cette photo, c’est pour elle, si elle est jolie c’est que j’y ai mis tout mon cœur, tout mon être et toute mon âme. Je m’envolais vers elle. Cette photo est magique. Nous n’avons jamais réussi à la refaire. Faire des photos sous l’eau reste une expérience magique. Rechercher la pause, sans air, sans bouteille, que l’eau et moi dans une féerie . Je me laisse aller au plaisir de l’apnée, au plaisir de l’imagination, d’exister, et de s’amuser, avec Pierre qui essaie de saisir la meilleure expression pour réaliser ses photos. Je ne le vois même pas tant je suis dans mon monde, dans le monde du silence, lui dans le sien. L’apnée c’est être zen, c’est se transcender pour être ailleurs, être quelqu’un d’autre et se laisser aller au gré de l’eau et de ses envies.

16. Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut débuter l’apnée ? Puis à quelqu’un qui pratique mais qui stagne dans ses performances ? 

A un débutant je lui dirais de se faire plaisir, de travailler sa technique pour sentir les choses, et d’avoir de bonnes sensations avant de chercher la performance.

Pour quel qu’un qui stagne dans ses perfs ? Soit il est à son max, soit il doit remettre en cause sa technique, c’est difficile à savoir. Mais il faut qu’il change sa façon de faire, qu’il varie les exos, qu’il demande conseil à d’autres personnes. Mais il doit éviter de tomber dans l’ennui, dans la routine. Il faut aussi sortir la tête de l’eau, faire d’autres activités comme le roller ou le vélo.

17. Un mot de la fin ?

Le mot de la fin ? Plaisir, plaisir et plaisir ! N’écouter que soi, écouter ceux qui réussissent, et non ceux qui croient tout savoir. Ne pas rentrer dans un moule stéréotypé. Pour moi, l’apnée c’est avant tout dans la tête, dans le plaisir, pas dans la souffrance. Faites-vous plaisir amis apnéistes, et vous irez loin !

Petite Furie

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