Analyse de lecture du livre « Profondeurs » de Guillaume Néry

Guillaume Néry, "Profondeurs", aux Editions Arthaud.
Guillaume Néry, « Profondeurs », aux Editions Arthaud.

Guillaume Néry vient de publier son premier ouvrage « Profondeurs » aux Editions Arthaud, écrit en collaboration avec le journaliste Luc Le Vaillant.

Avec ce premier livre, Guillaume Néry réussit le pari double et audacieux de faire découvrir le monde de l’apnée profonde à celui ou celle qui ne le connaît pas, tout en venant consolider les acquis de celles et ceux qui pensaient tout connaître sur l’apnée en général, et sur Guillaume en particulier.

Guillaume Néry aurait pu être ce frère jumeau, ce compagnon de cordée ou de bleu profond, ce confident de lectures et de spiritualités, cet athlète avec qui partager les entraînements et les sensations. Cette autobiographie fait du bien, elle ouvre des portes et on en ressort comme grandi, avec le désir de rejoindre Guillaume dans ce bleu qu’il affectionne tant. Sur le style, d’abord très (trop ?) présent sur les premières pages, le journaliste Luc Le Vaillant nous fait plonger dans des métaphores et oxymores qui amusent au début, puis qui finissent par agacer. Heureusement, au fil des pages qui tournent, ce style très personnel s’efface petit à petit pour laisser place à une vraie collaboration d’écriture entre l’apnéiste et le rédacteur. Sur la forme et sur le fond, le schéma global du livre, son chapitrage, est un voyage, un voyage qui part de la surface de l’eau, du zéro, qui nous emmène jusqu’à – 125 mètres, et qui nous ramène à la surface, à son soleil salé. Et comme accrochées telles des plaquettes tout le long de ce câble profond, des dizaines d’apartés, d’anecdotes, de digressions. Un schéma complètement novateur qui change de l’habituelle autobiographie « Je suis né le…….à………. de parents……..et j’ai découvert……..à l’âge de………., etc. ». Comme le dit Herbert Nitsch, Guillaume Néry a le gêne de l’innovation en lui, briser les idées reçues et repousser les limites fait partie de son quotidien. C’est chose faite dans ce livre.

« Je ne suis pas un sportif qui cherche à développer ses muscles pour ses performances. Je suis un mammifère humain qui doit exhumer des capacités qu’il possédait quand il était cousin des mammifères marins. »

Le ton est donné en page 19, et c’est William Trubridge le premier qui insuffle l’idée du « no warm-up » dans les disciplines de la profondeur, afin de retrouver ces réflexes d’immersion empiriques et enfouis en chacun de nous. En pages 24 et 25, de précieux conseils sont décrits pour savoir quoi faire exactement dans les minutes et secondes qui précèdent une performance en apnée. En page 33, on apprend que le niçois et alpiniste Patrick Bérhault, et le niçois de coeur Loïc Leferme étaient deux amis qui se retrouvaient souvent en balades d’altitude dans l’arrière-pays. Guillaume Néry nous dit : « Il y a des parentés entre escalade et apnée. (…) Celui qui grimpe est le frère de celui qui descend. L’un et l’autre coupent avec le même monde horizontal. Ils ont les mêmes aspirations, les mêmes inspirations, la même difficulté à respirer paisiblement au niveau zéro de l’exaltation ». Ces mots auraient très bien pu être dits par l’écrivain et voyageur Sylvain Tesson, qui dans son dernier ouvrage « S’abandonner à vivre » nous parle d’un certain « Loïc », explorateur de profondeurs et d’azurs…

Page 40, Guillaume nous dit et redit son engagement écologique, mais avec détachement : « Je partage l’angoisse générée par le réchauffement de la planète, je suis conscient de la part humaine dans cette dégradation. Même si je persiste à penser que la nature l’emportera. (…) Au final, c’est l’homme qui se pénalise tout seul. (…) Ce sont les hommes qui partent, et les terres qui restent ».

En page 49, conscient qu’il est trop jeune pour s’identifier à Mayol ou à Maiorca, c’est Umberto Pelizzari qui sera le héros de l’adolescent Guillaume Néry, tout comme la génération d’apnéistes nés dans les années 80.

Un autre parallèle est souvent présent dans ces « profondeurs », c’est celui fait avec l’astronomie et l’astro-physique. A partir de – 30 mètres, l’apnéiste est comme George Clooney dans le film « Gravity », errant entre deux espaces. Une figure, non pas des moindres, est à juste titre souvent citée, il s’agit de Trinh Xuan Thuan (TXT). Cet astrophysicien bouddhiste a notamment écrit « Le chaos et l’harmonie », ouvrage que nous ne pourrions que vous recommander. On y apprend également l’amour des livres de Guillaume, pour des auteurs comme René Barjavel ou Jean d’Ormesson. Un apnéiste qui fait des parallèles avec l’altitude et les livres, quand on parlait de frère jumeau…

Un peu plus loin dans l’ouvrage, Guillaume Néry entretient son rapport à l’eau et au voyage, dans les bains de Budapest ou dans les onsen au Japon, dans le Dean’s Blue Hole aux Bahamas et les fonds de La Réunion ou des Maldives. En médecine orientale, l’approche est holistique, totale, plus forte que la sommes des parties, le corps et l’esprit forment un tout indissociable. C’est dans ce tout indissociable que Guillaume aime nager et approfondir sa quête d’identité, son voyage intérieur.

En page 172, Guillaume revient sur celle qui changera le cours de sa vie : Julie Gautier. A partir de la page 97, vous saurez tout sur la naissance du court-métrage « Free Fall » qui a fait office de détonateur : vivre de leur passion devenait possible. En page 159, Guillaume revient justement sur la création avec Julie du moyen-métrage « Narcose », à sortir dans les jours à venir. On y apprend les processus chimiques et physiologiques lors de plongées profondes qui génèrent ces fameuses narcoses.
photo 3

Dans cet ouvrage, vous découvrirez également comment Guillaume Néry et Loïc Leferme ont appris réellement à se connaître lors d’un voyage en Afghanistan, comment l’on nage avec des dauphins au Japon, comment Claude Chapuis (le fondateur de l’association AIDA) veille depuis ses débuts sur Guillaume et ses pairs, comment la relation aux requins s’envisage : « Nous ne sommes pas chez nous. L’océan, c’est la nature, c’est sauvage. Cela comporte des risques. A nous de nous adapter à cet environnement. Tuer les requins, c’est comme si on exterminait les lions et les rhinocéros de la savane pour organiser des safaris en toute sécurité ! ». Guillaume nous parle également de spiritualité, forcément présente dans sa façon de vivre, sans jamais tomber dans l’excès d’orientalisme mal placé : « Le bouddhisme, lui, ne réclame pas adhésion totale ou foi absolue. Il propose une réflexion sur soi. »


Dans les dernières pages de l’ouvrage, l’apnéiste nous parle de préparation physique, d’hygiène de vie, d’alimentation, de médicaments naturels, mais aussi de matériel avec le choix de la combinaison, de la monopalme, du plomb de cou, etc. En page 243, Guillaume fait une analogie distanciée entre le foetus et l’apnéiste. Le livre tourne sa dernière page sur le premier cri de la vie, ex-utero, de la petite Maï-Lou…


Pour un prochain livre, nous sommes certains que Guillaume Néry, de par ses lectures, ses réflexions, ses actions, saura prendre sa plume en solo, comme il prend sa monopalme pour aller tracer des arabesques dans le blanc de la page vierge, dans le bleu des « profondeurs ». Vous l’aurez compris, « Profondeurs » de Guillaume Néry, un ouvrage que nous vous recommandons !

photo 2

 

Une réflexion sur “ Analyse de lecture du livre « Profondeurs » de Guillaume Néry ”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s