Herbert Nitsch. (Photo Reiner Riedler et captures GoPro Herbert Nitsch.)

Des nouvelles d’Herbert Nitsch par Libération.fr

Herbert Nitsch. (Photo Reiner Riedler et captures GoPro Herbert Nitsch.)
Herbert Nitsch. (Photo Reiner Riedler et captures GoPro Herbert Nitsch.)

Herbert Nitsch s’est confié au journal Libération, auprès de Sabrina Champenois. Voici quelques nouvelles recopiées :

« Herbert Nitsch. Il ne manque pas d’air.

Figure de la plongée en apnée «no limit», l’Autrichien frappé par un AVC en plein record du monde, se remet. Et replonge.

Herbert Nitsch est un moyen format. Au jugé, 1,80 m (en réalité 1,86), 75 kilos (juste). Tout ça en chemisette blanche sur jean, rien de transcendant. Son regard en revanche, cloue. Deux calots noirs abyssaux, très calmes, très fixants, grâce auxquels on le repère illico dans le restaurant du rendez-vous, à Vienne, où il vit depuis toujours. Ajoutés à sa boule à zéro, les calots font, à ce fils de banquier, une tête d’action hero. Ce qu’il était, avant. Ce qu’il demeure, au fond. Bien qu’il reste du côté droit empêché, entravé, ce qui se voit quand il se déplace. Patte un peu folle, marche un brin robocopique. On se dit alors que ce gars-là a un putain de mental, qui l’exclura toujours du camp des plaintifs. Qui ne doivent pas être sa tasse de thé, d’ailleurs. Mais il est possible qu’on se trompe. Herbert Nitsch est surprenant.

Herbert Nitsch revient de loin. Le 6 juin 2012, il était donné pour fichu, potentiellement légume. La faute à un AVC, en pleine mer. Alors qu’il était en train de battre au large de Santorin (Grèce) le record du monde de plongée en apnée «no limit» (avec une gueuse lestée), après une descente à 253,2 m, l’Autrichien s’est évanoui pendant sa remontée. Il en a raté l’indispensable palier de décompression. Il a eu beau, semi-inconscient, replonger illico dans un réflexe de survie, l’afflux massif d’azote a fait son big bang qu’un coma artificiel n’a pu que limiter. Il concède, impassible, hypnotique : «Oui, je suis passé par des moments très durs. D’après ce que disaient les docteurs, je me voyais déjà dans un fauteuil roulant. Et puis, je suis reparti de la clinique en vélo.» Ceci ponctué par un petit sourire. Herbert Nitsch ne kiffe pas le personnel médical, ce n’est rien de le dire. Il n’est d’ailleurs pas suivi, s’en réjouit à bas bruit, avec un sourire en coin. «J’ai demandé quand je pourrais de nouveau plonger, on m’a répondu quand vous serez à 100%. J’ai déjà replongé.» A l’entendre, les docs relèvent d’une engeance arc-boutée sur des certitudes frileuses et datées.

Dans trois semaines, il partira s’entraîner en Grèce, puis «un peu plus sérieusement» à Nice, épicentre de la discipline. A-t-il consulté pour évaluer les risques ? Non.«Mais je vais y aller doucement. Suis-je plus exposé à un nouvel AVC après celui-là ? Je me pose la question. Pour l’instant, je me suis limité à plonger à 35 mètres, on va voir…» Il dit vouloir juste faire l’ouvreur, ne pas vouloir reprendre la compétition. Mais quelque chose dans les calots noirs nous dit que Nitsch aimerait quand même claquer leur beignet à pas mal de mandarins, toutes disciplines confondues (médecine, plongée, psychologie, médias…). Par goût ontologique de l’adrénaline, et de la défiance.

La conversation se déroule en anglais. Parce que notre allemand manque d’entraînement, et parce que l’Autrichien y est plus fluide, mystérieux effet collatéral de l’AVC. Il avale tout de même certains mots. Mais là, la réponse fuse : «Ah non ! L’adrénaline, c’est tout l’inverse de ce qu’on recherche en no limit. L’objectif, c’est d’accéder au relâchement le plus complet, à un état proche de l’endormissement. L’excitation peut venir après, pour ce qu’on a accompli.» Post coïtum, animal heureux, en somme. Herbert Nitsch est une drôle de bestiole, qui fait les choses à sa manière. Qui balance, par exemple, tout net, que s’il a été pilote de ligne, ça n’était pas pour concrétiser un rêve de gosse : «Ça rapportait bien et ça me permettait de voyager.» Enfant, adepte du windsurf et bon nageur, il rêvait de mer bien plus que d’air. C’est en Egypte, en 1999, que l’adepte du snorkeling (balade à palmes) a découvert l’apnée et ses aptitudes pulmonaires : son matériel de plongée avait été égaré par la compagnie aérienne. Il envoie, aussi, à rebours de la bienséance procréatrice en cours : «Je n’ai pas d’enfants et je n’en veux pas, parce que la planète est déjà trop peuplée. Quelle idée, d’ailleurs, d’encourager la natalité… et puis, c’est contraignant, les enfants, pour voyager.» Une brutalité assez fascinante émane d’Herbert Nitsch.

Alors, on se dit, qu’il y a aussi un côté surhomme chez ce Nitsch-là. Rouleau compresseur impavide. C’est notoire, de fait. «Avant», il avait ce surnom : «le Robot», trouvé par Loïc Leferme, champion français, mort en 2007… alors qu’il s’entraînait en vue de battre un record de Nitsch. Notre avis, répandu : le blaze était synonyme de mécanique imparable, et d’absence d’états d’âme. Il rectifie, affirme :«De la part de Loïc, c’était positif. Il faisait référence à ma faculté de me relâcher très facilement, quasi automatiquement. Je n’étais pas un robot au sens « inhumain » et je ne crois pas être devenu plus humain avec mon accident. J’ai juste élargi mon point de vue, qui n’était pas spécialement étroit, comparé à celui de la plupart des gens, qui ne pensent qu’à payer leur loyer et à leurs prochaines vacances… Cette société entraîne une forme d’esclavage.»

Ni dieu ni maître, sinon lui-même : à rebours de l’image mystico-new age qui colle aux apnéistes depuis Jacques Mayol, et qu’alimentent des pratiques comme le yoga, la méditation ou la sophrologie, Nitsch se veut «analytique». Son discours est de fait exempt de toute trace d’extase, terre à terre, technique bien plus que philosophique. «Ce que m’apporte ce type de plongée ? Hors compétition, le plaisir d’explorer, d’élargir mon espace. En compétition, celui de tester mes limites. Car, je ne me bats pas contre quelqu’un, mais contre moi.» S’il milite pour la protection des océans via l’association Sea Shepherd, s’il est «quasiment» végétarien eu égard à ce que bouffent la volaille et les poissons, le citoyen Nitsch ne vote pas, même pas écolo : «Vous choisissez un parti mais après ils n’en font qu’à leur tête.» Et le rayon «admirations» reste vide : «Je ne suis pas du genre à être groupie. Je préfère respecter.» Tout de même, du respect et de l’admiration perce quand il évoque sa compagne, rencontrée, il y a un peu plus d’un an, lors d’une croisière. Hollandaise de cinq ans son aînée, baroudeuse multilingue, elle a pris en main son management, fait l’interface avec la presse, négocie serré l’image de son homme, coécrira la biographie en projet. La paire-team annonce aussi l’élaboration d’un multicoque écolo, équipé de panneaux solaires et de foils, pour y vivre une partie de l’année. Un sous-marin serait également dans les tuyaux…

Mais le rouleau compresseur a des souplesses inattendues. De la tolérance pour la fumette, par exemple : «L’herbe est bien moins dangereuse que le tabac, elle est d’ailleurs tolérée, ici, à Vienne.» Il serait favorable à la légalisation des stupéfiants : «Avec moins d’interdits, peut-être y aurait-il moins d’illégalité.» Le milieu des compétiteurs d’apnée ? «Sympa, mais, un peu trop sérieux. Aux Bahamas, par exemple, ils ne faisaient que s’entraîner et dormir.» Lui, allait parallèlement à la pêche, dans les bars, et souligne son plaisir à s’immerger dans la population locale. «Sinon, c’est comme être au zoo.» Parole de curieux zozo.

EN 6 DATES

20 avril 1970 Naissance à Vienne. 1992-2010 Pilote de ligne. 1999 Découvre la plongée en apnée. 2001-2010 Bat 31 records du monde (dans différentes catégories d’apnée). 6 juin 2012 AVC. Août 2014Replonge en Grèce puis à Nice. »

 

Sabrina CHAMPENOIS

Article original sur : http://www.liberation.fr/sports/2014/08/17/herbert-nitsch-il-ne-manque-pas-d-air_1082172

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s