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Julie Gautier, l’interview d’une réalisatrice en apnée

Jusqu’à il y a peu, la communauté des apnéistes connaissait Julie Gautier comme étant la compagne de Guillaume Néry et avec qui, ensemble, ils faisaient des films « engloutis ».  Mais ça, c’était avant une collaboration dont nous avons déjà parlé ici ou . Apnée Savoie a souhaité mettre le coup de projecteur sur Julie et son travail en tant que réalisatrice, voici son interview (english version at the end).

1. Julie Gautier, vos papiers s’il vous plaît ? :-) 
35 ans, née à la Réunion. Citation favorite : « La vie n’est pas un long fleuve tranquille, c’est un océan de possibilités. »

2. Si on revient 6 à 7 ans en arrière, quels films aimais-tu ? Quels réalisateurs ? Quels univers ?
J’adore la science-fiction et les films un peu tordus comme « Mulholland drive » de David Lynch. J’aime Tim burton, Christopher Nolan, Danny Boyle, Terrence Malick. Je suis tombée récemment amoureuse du cinéma de Xavier Dolan aussi.

Mommy, l'un des films de Xavier Dolan
Mommy, l’un des films de Xavier Dolan. La scène culte, où le fils repousse les limites du cadre de l’image.

3. Tu réalises tes shootings en apnée. Pourquoi ce choix ? Est-ce que tu suis un entraînement sportif spécifique ?
Je filme en apnée principalement parce que je n’aime pas la plongée bouteille, et en plus ça me donne une liberté bien supérieure, tout en ouvrant le champ des possibles en terme de cadrage. Sinon, pour ce qui est de l’entraînement, je chasse depuis toute petite, et j’ai fait de l’apnée en compétition, alors je surfe sur mes acquis !

Julie Gautier, réalisatrice, mais apnéiste avant tout !
Julie Gautier, réalisatrice, mais apnéiste avant tout !

4. Si on se concentre sur la période avant Free Fall, avais-tu déjà des idées précises en tête ?
J’avais commencé à écrire le scénario de Narcose bien avant celui de Freefall, et c’est grace au succès de ce dernier que j’ai eu le cran de faire Narcose.

5. Comment est né Free Fall ? Quelle a été l’idée de départ ?
J’avais rejoint Guillaume sur sa compétition aux Bahamas. Herbert Nitsch nous a montré des images de son dernier projet, images faites avec un Canon EOS 5D, et qu’on a trouvées très belles. On s’est dit que c’était dommage de ne pas mettre à profit notre appareil. Gui s’est mis en tête de se filmer en chute libre dans le trou bleu. Je n’avais jamais tenu une caméra de ma vie, alors j’étais pas très chaude, mais finalement je me suis prise au jeu et on a construit jour après jour le scénario en fonction des prises de vue de la veille. On a failli s’arrêter quand il disparait dans le noir, mais on trouvait ça trop sombre, alors on a imaginé une suite. L’idée était vraiment de sortir de la gestuelle habituelle du plongeur, ou même de l’apnéiste, et de montrer quelque chose de nouveau.

6. Guillaume nous disait qu’il y a eu un avant et un après Free Fall. En quoi ce court-métrage a changé votre vie au quotidien ?
Ça a beaucoup joué sur la notoriété de Guillaume, plus que tous ses records, et ça m’a permis de prendre confiance en ma capacité d’écrire et de mettre en image mes idées.

Free Fall : extrait.
Free Fall : extrait.

7. D’un point de vue technique, quels matériels / logiciels as-tu utilisé pour Free Fall ?
Un Canon 5D Mark II, et le montage sur iMovie…et pis c’est tout😉

8. Quel a été l’apport de la post-production de Jérôme Espla ?
Il a fait de l’étalonnage. Je ne voulais pas sortir le projet avec les couleurs d’origines, je trouvais ça très plat, même si je n’y connaissais rien à l’époque.

9. Que s’est-il passé entre Free Fall et Narcose ? Comment est née l’idée de Narcose ?
Tout simplement quand Guillaume m’a raconté ses Narcoses. On était ensemble depuis peut-être 2 ans, et il ne m’avait jamais parlé de ses visions. Quand il l’a fait, j’ai tout de suite vu des images dans ma tête et j’ai eu envie d’écrire cette histoire.

10. On comprend assez vite que Narcose sera beaucoup plus professionnel : recherche de financements, équipe nombreuse, etc. Comment êtes-vous passés de 3 personnes pour Free Fall à une équipe de 15 personnes (+ les apnéistes invités) ?
C’est grâce à mon chef Opérateur, Jacques ballard qui est dans le milieu depuis longtemps. C’est lui qui m’a mis en contact avec tous les pros du milieu, et c’est lui aussi qui m’a poussé à passer à la réalisation. Pour le tournage en lui-même, finalement à part le mariage et la scène où je suis enceinte, on était en équipe réduite.

11. Au final, on a un film très travaillé. Est-ce que le côté moins instinctif qu’il y a sur Free Fall t’a manqué ?
Non, j’ai trouvé ça très intéressant d’écrire et de planifier un projet. Je trouve ça assez riche. C’est plus stressant, mais aussi plus gratifiant.

L'une des scènes de Narcose : le mariage.
L’une des scènes de Narcose : le mariage.

12. Dans Narcose, tu apparais enceinte, dans les derniers jours de ta grossesse. Le noyau central Julie-Guillaume s’est agrandi avec votre petite. Est-ce que ça a demandé des sacrifices en particulier dans ton travail ?
Non pas vraiment, je voyage un peu moins avec Guillaume sur ses déplacements, mais en fin de compte les projets sous-marins sont assez rares et le travail de prépa et d’écriture peut se faire n’importe où, donc ça ne me bloque pas.

13. Vient ensuite Ocean Gravity. Comment est née l’idée d’utiliser le courant des passes en Polynésie ?
On était en vacances là-bas, et forcément, en faisant une plongée plaisir à Tiputa, il y a eu le déclic !

14. On connaît le goût de Guillaume pour l’astronomie. Est-ce que cela a eu une influence sur ton travail ?
On aime tous les deux les films d’anticipation, et particulièrement ceux qui parlent d’espace, donc j’aime bien mettre des références à cet apect spacial qui est très lié au monde sous-marin.

Ocean Gravity.
Ocean Gravity.

15. Avec Ocean Gravity, es-tu revenu à quelque chose de plus simple que pour Narcose ? Pourquoi ?
C’est l’occasion qui a fait le larron, on a fait ça très simplement, sans se poser de questions !

16. On sait désormais que c’est grâce à ce court-métrage que ton travail a été repéré par Charlie Robins. Initialement c’est un collaborateur de Naughty Boy ou de Beyoncé ?
NaugthyBoy

17. Comment as-tu débuté ton travail avec Charlie Robins ? Vous aviez des idées communes ?
Depuis un an, j’avais écrit et même fait dessiné le storyboard de cette idée de course-poursuite dans l’eau, dans deux univers opposés. À la base, je voulais juste faire courir Guillaume à la surface, mais les Ocean Brothers ont sorti un court métrage qui met ça en image deux mois après. J’étais dégoûtée sur le coup, mais je ne me suis pas découragée et j’ai chercher à améliorer le scénario pour donner plus de force et de profondeur à l’idée de base.
Le destin m’a donné un coup de pouce en m’envoyant Charlie qui me proposait un scénario qui était assez similaire au mien. On a mélangé nos idées, et c’est comme ça que le clip a pris forme !

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Rangiroa, Polynésie française, sur le tournage du futur clip pour Naughty Boy et Beyoncé.

18. Pour ce court-métrage, vous retournez à Rangiroa, à la passe de Tiputa, mais avec une deuxième apnéiste : Alice Modolo. Comment est née l’idée de faire intervenir Alice ?
Alice est une amie et elle a joué dans Narcose. C’est une excellente apnéiste et elle est très grâcieuse. Le choix était facile !

La vice-championne du monde Alice Modolo en action.
La vice-championne du monde Alice Modolo en action.

19. Comment s’est déroulée la suite des opérations, jusqu’à la probable intervention de la chanteuse Beyoncé et qui s’est confirmée il y a peu lors du lancement du teaser ?
Une fois les images tournées, Charlie s’est occupé du montage à Londres. Ensuite, la production a décidé de repousser la sortie du clip à la rentrée, mais ce n’est que il y a deux semaines en arrière que l’on a appris que Beyoncé se grefferait peut-être au projet. J’ai découvert comme vous sur Facebook que c’était devenu officiel il y a quelque jours !

20. On imagine que ton « carnet de commandes » va se remplir encore plus vite, comment envisages-tu la suite ?
Je suis en train d’écrire un nouveau court-métrage, c’est l’adaptation d’une bande dessinée. J’ai trouvé un producteur, mais j’espère que tout ça va nous aider à trouver des financements et que je pourrai commencer le tournage plus rapidement. Et puis j’aimerais faire plus de fiction et aussi travailler pour le cinéma !🙂

21. Et pour terminer, après l’univers du Base Jump, l’univers des hallucinations, l’univers de la gravité et de la vitesse, y’a-t-il un univers particulier qui te fait envie pour la suite ?
Le prochain projet sera très différent, une pure fiction, plutôt humoristique et fraîche, comparée au côté assez sérieux des autres films.

Julie Gautier.
Julie Gautier.

Merci à Julie pour cette interview ! Retrouvez son travail sur www.lesfilmsengloutis.com

Interview réalisée par Nicolas Fougerousse.


The freedivers community knew Julie Gautier as the partner of Guillaume Néry for their underwater films. Apnée Savoie wanted to put the light on Julie and its work as films director, here is her interview.

1. Julie Gautier, your ID please?🙂
35 years old, born in Reunion.
Favorite quotation :  » life is not a long quiet river, it’s an ocean of possibilities. « 

2. If we look 6 – 7 years behind, what movies did you like? What directors ? What moods ?
I love science-fiction, and movies a little twisted, as David Lynch’s  » Mulholland drive « . I love Tim burton, Christopher Nolan, Danny Boyle, Terrence Malick. I recently fell in love with Xavier Dolan’s cinema also.

3. You shoot  in apnea. Why this choice ? You do a specific training ?
I do my films in apnea mainly because I don’t like scubadiving, and it gives me much freedom, while opening the range of possibilities. Otherwise, for the training, I dive since I was a little girl, and I made freediving competitions, so I surf on my experiences!

4. If we have a look on the period before Free Fall, had you already precise ideas in head ?
I had begun to write the scenario of Narcose before Freefall, and thanks to the success of Free Fall, I had the notch to make Narcose.

5. How was born Free Fall ? What was the initial idea ?
I had joined Guillaume on its competition in the Bahamas. Herbert Nitsch showed us pictures of his last project, images made with a Canon EOS 5D, we found it very beautiful. We said to ourselves that it was a pity not to take advantage of our device. So we began to shoot by free-fall in the blue hole. I had never held a camera of my life, so I was special for me, but finally, I got hooked and we built day after day the story. We wanted to stop when he  disappears in the black, but it wasn’t a happy end, so we thought a suite. The idea was to not use the usual body movements of freedivers one, and to show something new.

6. Guillaume told us there was a before and an after Free Fall. What this short film changed your everyday life?
It played a lot on Guillaume’s fame, more than all his records, and that allowed me to gain confidence in my capacity to write and to put in image my ideas.

7. From a technical point of view, what equipments / software did you use for Free Fall?
A Cannon 5D Mark II, and iMovie, that’s all !🙂

8. What was the contribution of Jérôme Espla’s post-production ?
He made the calibration. I didn’t want to bring out the project with the colors of origins, I found that very flat, even if I knew nothing in that time !

9. What happened between Free Fall and Narcose ? How was born the idea of Narcose ?
By the way, just when Guillaume told me about his Narcoses. We were together for 2 years, and he had never spoken to me about his visions. When he did it, I immediately saw pictures  in my head, and I wanted to write this story.

10. We understand rather fast that Narcose will be much more professional : search for finances, a full team, etc. How are you gone from a 3 people team as Free Fall to a 15 people team ?
Thanks to my chief cameraman, Jacques Ballard. He put in touch me with all the professionnals of the middle, and he convinced me to go in the realization. For the shooting finally, except for the marriage and the scene where I am pregnant, we were a reduced team.

11. At the end, we have an elaborate movie. The instinctive side on Free Fall didn’t miss you ?
No, I found very interesting to write and to plan a project. I find that rather rich. It is more stressful, but also more gratifying.

12. In Narcose, you can see you in the last days of your pregnancy. The central core Julie-Guillaume got bigger with your little girl. Did it ask sacrifices in your work ?
Not really, I travel a little less with Guillaume on his trips, but after all, the submarine projects are rather rare and the work of preparatory and writing can be made wherever, so it’s not a problem.

13. Then comes Ocean Gravity. How was born the idea to use the strong currents of passes in french Polynesia ?
We were on holidays over there, and necessarily, by making a dive pleasure for Tiputa, there was a click !

14. We know the taste of Guillaume for astronomy. Had it an influence on your work?
We both love science-fiction films, and particularly those who speak about space.  thus I like to put references to this spacial aspect, which is very close to the submarine world.

15. With Ocean Gravity, did you return to something more simple that for Narcose? Why?
It’s a question of opportunity, we made that very simply, without questioning !

16. Now we know this short film pleased Charlie Robins. He’s a collaborator of Naughty Boy or Beyoncé ?
NaugthyBoy

17. How did you begin your work with Charlie Robins ? You had common ideas?
For one year, I had written and drawn the storyboard of this idea of a pursuit race in the water, in two opposite universes. I wanted to make Guillaume run on the surface, but Ocean Brothers had the same idea two months before. I was disgusted at the time, but I did not loose courage and I tried to improve the story  to give more strength and depth at the original idea.
The fate helped by sending me Charlie who proposed me a story which was rather similar to mine. We mixed our ideas, and this is the way the clip took shape !

18. For this short film, you return to Rangiroa, to the Tiputa’s pass, but with a second freediver : Alice Modolo. How was born the idea to come with Alice ?
Alice is a friend and she played in Narcose. She is an excellent fervid, and she’s full of grace. So the choice was easy !
19. And then ? Until the teaser with Beyoncé’s voice ? 
Once the pictures were shot, Charlie edited the movie in London. Then, the production decided to repel the release) of the clip for a few weeks. But it is only two weeks ago we learnt that Beyoncé would be transplanted maybe to the project. I discovered as you on Facebook it had become official !20. How do you imagine the next weeks, the next months ?
I write a new short film, it is the adaptation of a comic strip. I found a producer, but I hope all of this is going to help us to find financing more quickly, so I could begin the shooting more quickly. And after, I would like to make more fiction, and why not work for the cinema !:)

21. The last question, after the mood of Base Jump, the mood of the hallucinations, the mood of gravity and speed, is there a particular universe which tempts you ?
The next project will be very different, a pure fiction, rather funny and cool, compared with the rather serious side of the other movies.

Thanks to Julie for this interview ! See her work on www.lesfilmsengloutis.com

2 réflexions sur “ Julie Gautier, l’interview d’une réalisatrice en apnée ”

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