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Nicolas Fougerousse : « J’arrête l’apnée… en compétition ». Voici son interview.

À 37 ans, après 6 années de compétitions (régionales, nationales et mondiales), l’apnéiste Nicolas Fougerousse, licencié au Club de plongée d’Aix-les-bains, a décidé d’arrêter sur un beau geste : un titre de vice-champion de France 2017 en Dynamique (DYN). Nous l’avons questionné, voici son interview.

Nicolas, pourquoi cette décision ?

Comme souvent, ce sont plusieurs paramètres qui font une décision. Mon agenda professionnel et mon agenda d’écrivain ont eu raison de celui de compétiteur. Il y a eu aussi le manque de plaisir à devoir tout enchaîner. Cette décision, j’y pensais depuis quelques temps déjà. Mais un jeudi soir, trois semaines avant les championnats de France 2017 en mai dernier, je me suis mis à imaginer ce que serait mon quotidien sans les entraînements et les compétitions. Et cette perspective m’a beaucoup plu ! Je suis passé à l’acte. J’ai décidé de stopper les compétitions pour revenir sur de l’apnée loisir / plaisir.

Tu as eu un chouette palmarès, peux-tu nous le rappeler ?

J’ai commencé les compétitions au printemps 2011. Dès 2012, je fais quelques podiums en compétitions régionales et je participe pour la première fois aux Championnats de France.

En 2014, en Dynamique monopalme, j’empoche la médaille de bronze avec 202 mètres, aux Championnats de France FFESSM.

En 2015, je suis sélectionné en équipe de France AIDA, j’établis la 5ème meilleure performance lors des Championnats du Monde AIDA avec 220m.

En 2016, toujours en Dynamique, je fais 216 mètres en bassin de 25m, ce qui est un record de France FFESSSM, mais non homologué.

Et en 2017, j’obtiens un titre de vice-champion de France FFESSM avec 230 mètres : mon record personnel. Je suis sélectionné en équipe de France FFESSM pour participer aux Championnats d’Europe CMAS, mais je décline l’invitation. Et c’est là-dessus que je décide d’arrêter ma “petite carrière”. 🙂

“Le jour J de la compétition, il faut programmer son mental pour le mettre au niveau du corps. Et pendant les entraînements, il faut programmer son corps pour le mettre au niveau du mental.”

Tu n’avais pas envie d’aller plus loin ? Pourquoi ?

J’ai toujours associé ma pratique de l’apnée à une certaine forme de plaisir. Mais depuis quelques mois, ma seule motivation c’était de monter sur le podium, avec le big smile qui va avec. Clairement, aux entraînements, c’était devenu 95% de contraintes pour 5% de plaisir, donc je ne me retrouvais plus là-dedans. En même temps, personne ne me forçait en quoi que ce soit : c’était avant tout de ma propre volonté. Et j’ai été super bien accompagné et coaché…

Oui, avec Jérôme Chapelle, fondateur de GG Coaching, c’est ça ?

Tout à fait. J’ai fait appel à Jéjé à la fin de la saison 2013. Depuis plusieurs mois, je me rendais compte que je tournais en rond dans ma pratique. Il me semblait avoir tout testé, tout essayé, et je ne voyais plus comment progresser. J’ai donc contacté Jérôme et je lui ai expliqué mes objectifs. Il m’a créé une planification quotidienne et c’est comme ça qu’on a préparé les France 2014. Mon record était de 161m seul. Avec Jéjé, je suis passé en quelques mois à 202 mètres. Et une médaille de bronze, à ma très grande surprise ! Bref, ça fonctionnait ! Alors on a continué.

Nicolas Fougerousse et Jérôme Chapelle
Jérôme Chapelle et Nicolas Fougerousse, la complicité entre un coach et son coaché.

Concrètement, c’était quoi ton quotidien de compétiteur ?

C’est avant tout un “vrai” job à côté, un plein-temps ! L’apnée n’est qu’une passion ! En quelques chiffres, c’est 6 entraînements par semaine, 10 heures de sport par semaine, des entraînements piscine, des entraînements à sec, de la muscu, des assouplissements, du cardio, etc. C’est Jérôme Chapelle qui rythmait mon quotidien d’apnéiste, et c’est grâce à lui que j’ai réalisé ce rêve sportif…

Pourquoi un rêve ?

Parce que je n’y pensais absolument pas quand j’ai commencé ! Je voulais simplement me remettre à l’apnée ! J’y avais goûté un peu quand j’avais 17 ans, en 1997, mais quand j’ai repris en 2010, c’était juste pour une pratique loisir. Sauf qu’en loisir, j’avais des résultats pas mal, et j’ai regardé ce que ça pouvait donnner si je faisais la même chose en compétition. Donc c’est parti comme ça.

Mais je ne me suis jamais considéré comme un sportif… Aux entraînements, j’avais souvent tendance à rechigner, à râler même, où à ne faire que 90% du job, et pas les 10% restants. Mais je savais me concentrer mentalement pour être présent le jour J aux compétitions, et donner le meilleur. Encore une fois, c’est grâce à Jéjé, qui m’a orienté mentalement vers la visualisation. Et ça a bien fonctionné. Pendant la compétition, il faut programmer son mental pour le mettre au niveau du corps. Et pendant les entraînements, il faut programmer son corps pour le mettre au niveau du mental.

Et d’autres disciplines, comme le statique, ou la profondeur, ne t’intéressent pas ?

Si, bien sûr. J’aime beaucoup le statique, mon record perso s’établit à 7.11min. J’adore cette phase de bien-être total les 2 ou 3 premières minutes, puis la maîtrise des spasmes du diaphragme, tout en douceur d’abord, avant que le véritable combat advienne pour rallonger le temps. Donc je vais continuer, mais en loisir ! 🙂

Quant à la profondeur, j’ai appris la technique de Frenzel il y a quelques mois à peine ! Donc autant dire que je débute, et je n’ai aucune perspective de côté-là. Même si j’habite à côté du plus grand lac de France, dessous c’est froid, c’est noir, bref rien d’engageant ! Et je prévois pas de déménager en bord de mer…

On t’a vu sur ton profil Facebook en train de lire un livre au fond d’une piscine. Tu peux nous en dire plus à propos de ton activité de romancier ?

C’était un moyen (ponctuel et marrant) de tisser un lien entre l’apnée et l’écriture. Car oui, l’écriture m’accompagne depuis que j’ai 17 ans. En 2013, j’ai commencé l’écriture d’un roman, “Celle qui écrivait des poèmes au sommet des montagnes”. Je l’ai envoyé à un maison d’édition basée à Genève, les Éditions Jouvence, et celle qui allait devenir ma future éditrice l’a adoré ! Mon premier roman a donc été publié en juin 2016.

Nicolas Fougerousse, écrivain.
Nicolas Fougerousse tisse un lien entre apnée et écriture.

Et ça fonctionne bien ?

Je n’ai pas à me plaindre ! Mais oui, il a trouvé son lectorat, bien au-delà de ce que j’avais imaginé ! Mes lecteurs sont ravis, ma maison d’édition est ravie, je le suis également ! Donc je continue dans cette voie, avec l’écriture d’un deuxième roman…

On te reverra quand même au bord des bassins ? En tout cas, nous te souhaitons une bonne continuation et du succès dans ces nouvelles aventures !

Merci…! 🙂
Oui bien sûr, je reste dans les parages ! Je redescends à deux entraînements par semaine désormais, mais pour le loisir !

Nicolas Fougerousse, vice-champion de France 2017.
Nicolas Fougerousse pendant les 230m en DYN. Crédit photo : François Cètre.
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Marie Ekstets : vice-championne de France 2016 !

Elle a été LA révélation des Championnats de France FFESSM 2016 à Chartres, découvrez qui est Marie Ekstets au travers de cette interview.


1. Vice-championne de France en statique, vice-championne de France en sans palme, et vice-championne de France au classement général ! En un mot, Marie, comment te sens-tu ? 

ACCOMPLIE !

Marie Ekstets, 1ère participation à des Championnats de France, eh bien elle en devient la vice-championne !

2. Mais avant de commencer, prénom, nom, âge, ville, nom du club ! Et une devise éventuellement ?

Marie-pierre EKSTETS, 32 ans, Aix les bains, club CPALB. Ma devise ? « Quand on veut, on peut. »

3. Tu as été LA grande révélation de ces championnats de France en terminant avec 420 points au combiné. Dans quel état d’esprit as-tu abordé cette compétition ? Quel a été ton cheminement cette saison ?

Cette compétition était la dernière de l’année, la finalité d’un entrainement de 7 mois 1/2. J’étais contente de participer aux Championnnats de France et je voulais voir l’ambiance d’une telle compétition, le stress que ça engendrait sur les compétiteurs. Un état d’esprit serein et curieux je dirais !

Cette saison, j’ai enchaîné les compétitions sur les 2 circuits (FFESSM et AIDA) car je voulais me familiariser avec le déroulement d’une journée de compet, surtout l’enchaînement des épreuves et les sensations.

Entre Brice Lequette et Olivier Elu.

4. Au fait, quand et comment as-tu débuté l’apnée ?

C’était en Egypte pendant des vacances en janvier 2014, où mon chéri Philippe me lance le défi de faire un aller / retour sans respirer… CAP !

5. Revenons en détail sur les épreuves de ces championnats. Comment s’est déroulée ton épreuve de statique (2ème place avec 6.06min) ?

Déjà je me suis faite surprendre pour la température de l’eau, plus froide qu’annoncée, et par conséquent ma combi de 2 mm n’était pas assez chaude !! Ensuite, j’ai dégluti assez rapidement et j’attendais le cap des 3min.Mes contractions sont venues et là, c’est la lutte… mais controlée ! Je savais où j’en étais mais je me suis moins évadée que d’habitude. Tant pis pour les bonnes sensations, j’écoute mon coach en qui j’ai entière confiance, il me dit 6min je pense à mon protocole et je sors : 6min06.

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6. Idem pour le dynamique, comment as-tu abordé l’épreuve et ta performance de 150m (- 3m de pénalité pour mur non touché au départ), en sachant que tu travailles avec une monopalme vieille de bientôt 15 ans et toute rafistolée ?!

Je suis déçue de mes 150m en DYN. J’ai fait une mauvaise recup du statique, et à 50m mes jambes sont devenues lourdes !!! Je me suis appliquée sur la technique et je sors à 150. GRHHHH !!!

Vice-championne de France en DNF !

7. Tu clôtures la journée de dimanche en étant 2ème au classement général, mais rien n’est joué car le classement est très serré avec Anne Borgat qui joue également le combiné. Comment envisages-tu les choses pour l’épreuve du lendemain ?

Je joue le combiné, demain je me fais plaisir, j’aime le DNF, donc aux sensations…

8. Alors justement, le lendemain, c’est l’épreuve du sans palme. Comment gères-tu la fatigue de la veille ? Peux-tu nous raconter un peu ta performance à 126m ?

La recup ? Vélo, resto, dodo ! Le lendemain, j’arrive au départ, tranquille, je me sens bien, une bonne inspi et go ! J’aime bien sentir la glisse alors je nage beaucoup avec la force des bras… 100m, je tourne mais je paye ma nage en force pas économique, je sors à 126m, mon record !

Et vice-championne de France au classement général…!

9. Ta saison s’arrête là où tu poursuis encore un peu ? Est-ce qu’il y a une discipline que tu as particulièrement envie de développer ?

Echirolles puis Lyon par équipe, le concept d’Alain Richiou est sympa et novateur ! Sinon, les 3  disciplines ! Le statique car je ne le travaille pas, le dyn et le dnf en essayant de trouver le meilleur rapport force / vitesse (glisse). En fait, je voudrais progresser dans ma technique de nage pour qu’elle soit la plus économique et efficace possible ! Et trouver l’allure qui me corresponde sous l’eau !

10. Un petit mot de la fin ? Un conseil pour des jeunes apnéistes féminines ?

Faites vous plaisir sous l’eau ! 🙂

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Crédit photo : PSM Café

Interview de Maxime Pature

Maxime Pature regarde vers le haut. Crédit photo : Audrey Stefani.
Maxime Pature regarde vers le haut. Crédit photo : Audrey Stefani.

Vous l’avez sûrement déjà croisé sur le circuit des compétitions cette année ou l’année dernière. Pourtant Maxime Pature n’a pas encore 18 ans.  Mieux, c’est à 14 ans que Maxime a commencé l’apnée en club. 6.28 minutes en statique, c’est pour l’instant son record en compétition. Retenons-bien ce nom car il promet. Voici en exclusivité l’interview de Maxime.

 

  1. Déclinez votre identité ! Nom, prénom, âge, lieu de vie, nom du club, métier, hobbies.

Maxime Pature, 17 ans, j’habite à Grenoble et je suis licencié au « CPAE » et au « GUC ». L’année prochaine, il va y avoir quelques changements car je m’installe sur Annecy pour commencer un BTS. Je vais donc m’entrainer au club « Eau libre ». Vous l’avez deviné : ma passion c’est l’apnée.

  1. Pour beaucoup d’apnéistes présents sur les circuits de compétition, tu le « petit jeune qui monte », ça te va comme « définition » ?

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Analyse de lecture du livre « Profondeurs » de Guillaume Néry

Guillaume Néry, "Profondeurs", aux Editions Arthaud.
Guillaume Néry, « Profondeurs », aux Editions Arthaud.

Guillaume Néry vient de publier son premier ouvrage « Profondeurs » aux Editions Arthaud, écrit en collaboration avec le journaliste Luc Le Vaillant.

Avec ce premier livre, Guillaume Néry réussit le pari double et audacieux de faire découvrir le monde de l’apnée profonde à celui ou celle qui ne le connaît pas, tout en venant consolider les acquis de celles et ceux qui pensaient tout connaître sur l’apnée en général, et sur Guillaume en particulier.

Guillaume Néry aurait pu être ce frère jumeau, ce compagnon de cordée ou de bleu profond, ce confident de lectures et de spiritualités, cet athlète avec qui partager les entraînements et les sensations. Cette autobiographie fait du bien, elle ouvre des portes et on en ressort comme grandi, avec le désir de rejoindre Guillaume dans ce bleu qu’il affectionne tant. Sur le style, d’abord très (trop ?) présent sur les premières pages, le journaliste Luc Le Vaillant nous fait plonger dans des métaphores et oxymores qui amusent au début, puis qui finissent par agacer. Heureusement, au fil des pages qui tournent, ce style très personnel s’efface petit à petit pour laisser place à une vraie collaboration d’écriture entre l’apnéiste et le rédacteur. Sur la forme et sur le fond, le schéma global du livre, son chapitrage, est un voyage, un voyage qui part de la surface de l’eau, du zéro, qui nous emmène jusqu’à – 125 mètres, et qui nous ramène à la surface, à son soleil salé. Et comme accrochées telles des plaquettes tout le long de ce câble profond, des dizaines d’apartés, d’anecdotes, de digressions. Un schéma complètement novateur qui change de l’habituelle autobiographie « Je suis né le…….à………. de parents……..et j’ai découvert……..à l’âge de………., etc. ». Comme le dit Herbert Nitsch, Guillaume Néry a le gêne de l’innovation en lui, briser les idées reçues et repousser les limites fait partie de son quotidien. C’est chose faite dans ce livre.

« Je ne suis pas un sportif qui cherche à développer ses muscles pour ses performances. Je suis un mammifère humain qui doit exhumer des capacités qu’il possédait quand il était cousin des mammifères marins. »

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Interview exclusive de Guillaume Bussière

Guillaume Bussière

Après Arthur Guérin-Boeri et Georgette Raymond, c’est au tour de Guillaume Bussière de s’initier au jeu de l’interview pour le site apnée-savoie.com. Le Champion de France 2013 AIDA et FFESSM en dynamique palmes et en dynamique sans palmes, se livre en toute humilité, et avec l’humour qui le caractérise. Vous voulez tout connaître des meilleures pratiques en apnée, c’est par ici que ça se passe !

1. Déclinez votre identité ! Nom, prénom, âge, lieu de vie, nom du club. 

Bussière, Guillaume, 30 ans, Cagnes-sur-Mer, FFESSM : ORCA, AIDA : CIPA.

2. Dans les esprits, tu es celui qui a déchaîné les compteurs en 2013, sur le circuit FFESSM ou sur le circuit AIDA, avec en clôture les Championnats du Monde AIDA à Belgrade. On rappelle ta performance, 259m en DYN, comment te sens-tu aujourd’hui par rapport à cette performance ? 

Plutôt pas mal, je continue à m’entrainer pour voir ce qu’il y a après.

 3. Parlons des choses qui fâchent. On a vu que pour un simple problème d’annonces, tu as été sélectionné en finale B, et non en A, bien que tu aies fait la deuxième performance mondiale juste derrière Goran Golak (excusez du peu !). Mentalement, comment l’as-tu géré à chaud, et maintenant à froid ? Ce n’est que partie remise ? 

Très sincèrement sur le coup, j’ai été déçu, mais bizarrement le simple fait d’être en final m’a comblé. Avec le recul, en sachant quelle distance j’ai fait, je n’ai pas de raisons de ruminer. Mais en définitive, je suis vraiment content de ce qu’il s’est passé, ça ne me motive que d’avantage.

4. Quand et comment as-tu découvert l’apnée ? Depuis combien de temps pratiques-tu en club dans un souci d’entraînement et de compétition ? 

J’ai commencé l’apnée suite à un été de chasse sous-marine avec un ami. J’ai fait mon premier entraînement en statique le 4 janvier 2011 au CIPA . Il me semble que j’ai participé à ma première compétition lors de la 10ème coupe des Dauphins à Genève en 2012, sur le circuit AIDA .

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Interview exclusive de « Petite furie »

Georgette Raymond 1Georgette Raymond, alias Petite furie, ou encore Fanny pour les intimes, a joué cartes sur table le jeu de l’interview. Nous sommes heureux de publier ses réponses précises, sincères, parfois cocasses, souvent émouvantes…

1. Déclinez votre identité ! Nom, prénom, âge, lieu de vie, nom du club. Au fait, on t’appelle comment : Georgette ? Fanny ? P’tite furie ? 

RAYMOND Georgette, alias Petite furie. J’habite Sarrebourg et je suis licenciée au CPS. Les amis m’appellent  aussi Fanny qui est mon 2ème prénom. Je hais « Georgette » !

2. Dans les esprits, tu es et tu resteras celle qui a fait 200 mètres en Dynamique monopalme (DYN) en 2011 lors des Championnats de Monde CMAS à Tenerife. Comment te sens-tu aujourd’hui par rapport à cette performance ? As-tu eu l’occasion de confirmer en compétition ou en entraînement ? 

Aujourd’hui je me sens juste déconnectée. Ces 200m ont été avant tout 200m de plaisir façon Petite furie, façon « feignasse ». 200m de bonheur, 200m ou j’existais, ou j’étais ailleurs dans mon monde. Pour Antalya en 2012, j’avais prévu de faire plus, mais cette semaine à été un pur cauchemar, une semaine que j’espère ne plus jamais revivre. Non, je ne fais jamais de max à l’entraînement, ce n’est pas du tout ma façon de faire.

3. Quand et comment as-tu découvert l’apnée ? Depuis combien de temps pratiques-tu en club dans un souci d’entraînement et de compétition ? 

J’ai découvert l’apnée fin 2007 via la photo subaquatique, pour m’amuser. Et puis là, j’ai vu des gens du CPS faire de la monopalme. Jouer les petites sirènes a été de suite le coup de foudre. J’ai toujours fait de la compétition, donc pour moi c’était une suite logique. De plus, c’est un sport ou l’âge ne veut pas dire grand chose. Il me suffit d’être bien et que je me sente bien avec les gens qui m’accompagnent. A Sarrebourg, de suite je me suis trouvée très bien entourée.

4. Qui sont tes références, tes modèles, tes guides, bref les gens que tu apprécies dans le milieu de l’apnée en particulier, et dans la vie en général, qui t’aident pour ta pratique ? 

Je n’ai pas de référence, pas de modèle. Je me suis construite avec mon coach Didier Zaenger. J’ai glané des infos de droite et de gauche et, avec le savoir de Didier sur l’apnée, on a fait un mix de tout cela et ma foi, cela ne nous a pas trop mal réussi. Quand j’ai démarré l’apnée, je ne connaissais rien ni personne, je n’avais donc aucune référence. Dans la pratique, tout mon Club, plongeurs y  compris, sont derrière moi pour me fournir la sécu, y compris pendant les périodes de vacances. J’ai aussi Odile  qui est toujours présente, ainsi qu’Hervé  quand le Coach est absent. Nous avons aussi notre président, Patrick qui se décarcasse pour nous trouver des sponsors pour nos déplacements. Sans oublier « Merlin » le manager qui s’est rapproché de professionnels compétents dans tous les domaines, médical ou autres.

5. Considères-tu l’apnée comme un sport, ou comme autre chose ? 

L’apnée, à haut niveau, oui c’est  un sport, mais qui demande la pratique d’autres activités complémentaires. Ce n’est pas en apnée que je me fais le plus mal. En apnée je me fais plaisir, c’est la cerise sur le gâteau du mix des autres activités.

6. Pourquoi pratiques-tu l’apnée ? 

Je pratique l’apnée car cela me permet de m’évader, de me transcender pour être dans un autre monde, pour pouvoir ressentir pleinement des choses merveilleuses. Pour être en osmose avec l’élément qu’est l’eau. Pour sentir l’eau glisser le long de mon corps. Pour me laisser partir loin puis finalement revenir. Pour être bien dans cet état second sans personne pour tout diriger. Juste moi pour être bien, pour être moi.

7. Quel est ton rapport à l’eau ? A l’air ? 

Mon rapport avec l’eau est magique, si je pouvais choisir je resterais plus souvent sous l’eau que sur terre. Quant à mon rapport avec l’air, mes sensations sont les mêmes.  Pour avoir fait de la chute libre c’est la sensation de liberté, d’être seule au monde que j’aime retrouver. Toujours ce désir d’être ailleurs, de me sentir libre, d’exister. Sur terre, trop de monde ! (rires).

Georgette Raymon 2

8. Quelles autres disciplines t’aident dans ton entraînement ? Vélo ? Muscu ? Natation ? Sophrologie ? Yoga ? Visualisation ? Autre ? 

Je fais toujours du vélo, cet été en 2 mois j’ai fait 2000 kms. L’hiver avait été très long, le printemps pourri, j’avais besoin de sortir, de m’aérer la tête, jamais je n’avais connu un tel ras le bol du carrelage des piscines. Pour le roller c’est surtout réservé à l’hiver quand je ne peux pas faire de vélo sauf VTT. En natation je pratique les 4 nages et je fais de la musculation. Pour la Sophro ou Visualisation c’est seulement 2 à 3 semaines avant une compétition.

9. Combien d’entraînements, tout confondu, fais-tu par semaine ? Combien d’heures au total ? 

Je nage 2 fois par semaine  (2 fois 1 h 30). Idem pour la musculation (2 fois 1 h). 2 fois également pour l’apnée (1 fois 1 h 15 en Free et 1 fois 1 h 45 en Dyn). A cela je fais du Roller et vélo chaque fois que la météo me le permet. Roller c’est 30 kms minimum à chaque sortie. Vélo  c’est de 50 kms à…..  150 kms quand il fait très beau.

10. Quelles sont tes disciplines préférées (STA, DYN, DNF, CWT, FIM, CNF, etc.) ? 

Je préfère, et de loin la monopalme. Le Free c’est sympa mais ca reste pour moi de la natation. Quant à la Stat,  beurkkkk !!!! Je déteste ! Pour le reste, j’attends l’occasion de faire un stage en mer pour en parler. Avis aux amateurs qui voudront bien me faire découvrir ce plaisir.

11. En DYN aux entraînements, tu travailles en général plutôt sur des séries courtes (50 / 75m) ou sur des séries longues (125 / 150m) ? 

En Dyn, que des séries courtes voyons ! Des 50 m, des 75 à 80 m (différentes allures), 1 seule fois 5 X 100 m et 4 x 125 m. Aucun intérêt si ce n’est la souffrance donc très peu pour moi. Ceci dit personne n’étant pareil, à chacun sa façon de faire.

12. Quelle a été, à peu près, ton échelle de progression en DYN depuis que tu débuté ? Des phases de progression rapide ? De la stagnation ? Comment ça se gère au quotidien ?

J’ai découvert l’apnée pour la 1ère fois en Octobre 2007. En Février 2008 lors de ma 1ère  compétition à Amiens, j’ai passé 105m en Dyn. En Juin 2009 au Championnat de France, je passais 150m et battais le record de France et par là même, je rentrais en Equipe de France. 2 mois après, le 22 Août 2009 à Aarhus lors du Championnat du Monde, je passais 175m et j’obtenais ma 1ère Médaille de Bronze. Pourtant je ne dépassais pas 105 à 110 m à l’entrainement et 135 m 8 jours avant de partir.

Ténérife en 2010 au championnat d’ EUROPE,  je passais  186 m avec 110 à 120m à l’entrainement et 135m 10 jours avant de partir. C’est en 2011 à nouveau à Ténérife lors des Championnats du Monde que j’ai passé ce fameux 200m et que je suis rentrée dans l’histoire de l’apnée Française pour avoir été la 1ère Française à passer 200 m. YOUPI ! Pourtant à l’entrainement je ne dépassais pas 125 m.  J’ai fait une seule fois 151 m à moins 17 jours avant le départ.  Je voulais refaire une max le samedi avant de partir mais elle n’est pas passée.

Alors avec DIDIER on est allé à la piscine où je travaille pour faire un 125 m virage. Cela m’a suffit pour me sentir bien et ça m’a rassuré. J’ai fais 140 m.  Didier aussi était rassuré, il me connait et sait que 5 virages suffisent à me mettre à l’aise pour la suite. Inutile de faire plus pour moi. Tout est dans ma tête. Didier à toujours respecté mes choix et mes distances.

13. Question matos, quelle monopalme utilises-tu ? Combien de kilos au plomb de cou en DNF et en DYN ? Quelle combinaison en DNF ? En DYN ? En STA ? 

Ma monopalme est une « Oleg » en carbone et ça reste ma favorite. Je mets désormais un plomb unique de 2,8 kilos pour la Dyn et le Free quel que soit la combi. Je corrige mon assiette de nage avec ma tête et c’est suffisant, je n’ai pas envie de traîner un 2ème poids dans ma valise. Coté combi, c’est une Aréna ou Aquasphère de 1 mm que je mets aussi bien en Dyn ou Free. En stat, là je mets une 7 mm.

14. Chaque année tu participes au Téléthon de Sarrebourg. Quel est le programme de ce Téléthon ? Pourquoi ce beau geste de participation ?

C’est avant tout une rencontre d’apnéistes issus de 7 Régions du Grand Est, représentée par 15 Clubs de 5 ou 6  apnéistes. Ces 15 Clubs vont effectuer des relais, sur 2 lignes d’eau, du samedi à 5h du matin au Dimanche à 11h00 sans interruption. En parallèle à ces relais, tout au long de ces 30 heures, des manifestations en tous genres accompagnent l’épreuve. On y trouve des kinés-masseurs à la disposition de tous, public et apnéistes. Là c’est un vrai bonheur de se faire masser ! Se déroulent par ailleurs des démonstrations de Fit Figthing, Karaté ou Aïkido. Le tout accompagné de groupes de musiciens ou de solistes divers. Mais le plus beau, évidemment reste la dernière heure, ou en clôture on retrouve le « célèbre » relais des Mères Noël costumées qui devant les élus de la ville, et diverses personnalités,  jouent les sirènes de charme en monopalme.

Je fais ce beau geste en toute simplicité, en usant de ma modeste notoriété pour faire venir du public en espérant récolter des fonds qui aideront la recherche pour enrayer ce fléau, la Myopathie. Je réponds « présente » oui, mais également tout le Club ainsi que tous les participants. On ne sait pas de quoi demain sera fait, peut être qu’un jour, nous aussi nous aurons besoin d’aide. Alors, être là pour tous ces enfants malades, c’est un réel plaisir.

Et cette année, pour la 1ère fois nous avons internationalisé notre manifestation avec la venue d’Andy BUHL  un apnéiste Belge très engagé, dans son pays auprès  des enfants handicapés. Aidons la recherche pour qu’un  jour nous caressions l’espoir de voir venir  une équipe de Myopathes  participer au Téléthon. Encore un grand merci à tous les Clubs et personnes présents à ce Téléthon 2013 !

15. Il y a quelques années tu avais inauguré des photos d’art en apnée, en particulier celle où tu es     vêtue d’un voile avec une ombrelle. En quoi est-ce important pour toi de lier l’apnée à ces belles images ? 

Je n’ai pas imaginé, c’est venu comme ça pour répondre à la demande d’une amie qui souhaitait faire une exposition ayant pour thème  « la femme et l’eau ». L’idée au départ était de faire sous l’eau ce que je faisais sur terre (Roller, Trottinette, etc.). La photo la plus magique à mes yeux, c’est celle de l’ombrelle, car cette photo a une histoire. Ma petite sœur est décédée une semaine avant le concours. Cette photo, c’est pour elle, si elle est jolie c’est que j’y ai mis tout mon cœur, tout mon être et toute mon âme. Je m’envolais vers elle. Cette photo est magique. Nous n’avons jamais réussi à la refaire. Faire des photos sous l’eau reste une expérience magique. Rechercher la pause, sans air, sans bouteille, que l’eau et moi dans une féerie . Je me laisse aller au plaisir de l’apnée, au plaisir de l’imagination, d’exister, et de s’amuser, avec Pierre qui essaie de saisir la meilleure expression pour réaliser ses photos. Je ne le vois même pas tant je suis dans mon monde, dans le monde du silence, lui dans le sien. L’apnée c’est être zen, c’est se transcender pour être ailleurs, être quelqu’un d’autre et se laisser aller au gré de l’eau et de ses envies.

16. Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut débuter l’apnée ? Puis à quelqu’un qui pratique mais qui stagne dans ses performances ? 

A un débutant je lui dirais de se faire plaisir, de travailler sa technique pour sentir les choses, et d’avoir de bonnes sensations avant de chercher la performance.

Pour quel qu’un qui stagne dans ses perfs ? Soit il est à son max, soit il doit remettre en cause sa technique, c’est difficile à savoir. Mais il faut qu’il change sa façon de faire, qu’il varie les exos, qu’il demande conseil à d’autres personnes. Mais il doit éviter de tomber dans l’ennui, dans la routine. Il faut aussi sortir la tête de l’eau, faire d’autres activités comme le roller ou le vélo.

17. Un mot de la fin ?

Le mot de la fin ? Plaisir, plaisir et plaisir ! N’écouter que soi, écouter ceux qui réussissent, et non ceux qui croient tout savoir. Ne pas rentrer dans un moule stéréotypé. Pour moi, l’apnée c’est avant tout dans la tête, dans le plaisir, pas dans la souffrance. Faites-vous plaisir amis apnéistes, et vous irez loin !

Petite Furie

Interview de Arthur Guerin-Boeri

Arthur Guerin Boeri 2Nous inaugurons un nouveau type d’articles pour le site www.apnee-savoie.com : les interviews d’apnéistes. Présentations, pourquoi l’apnée, le rapport à l’eau et à l’air, les entraînements, la préparation physique et mentale, le matériel, de quoi apprendre des bonnes pratiques et partager le quotidien de nos champions !

Nous ouvrons le bal avec une performance toute récente réalisée par Arthur Guerin-Boeri lors des derniers Championnats de monde CMAS à Kazan.

1. Déclinez votre identité ! Nom, prénom, âge, lieu de vie, nom du club.

GUERIN-BOERI Arthur, 29ans, Paris 9ème – Apnée Passion (Montreuil – 93), CSMB Bonneuil (Bonneuil S/Marne – 94), Les Dauphins de Nogent (Nogent S/Marne – 94)

2. Suite aux Championnats du Monde CMAS de Kazan ce mois-ci et suite à ta magnifique performance (200 mètres en DNF), comment te sens-tu ? C’était prévu ou était-ce une grosse bonne surprise ?

J’avoue avoir du mal à me laisser pénétrer par l’événement, je veux dire par là, prendre conscience de l’énormité de la chose. Je reste le même, et c’est avant tout ce que je souhaite dire à mes proches et mon entourage : je suis toujours Tuture ! Mais d’autre part c’est une immense joie et une grande fierté que j’aime à partager. C’était une énorme surprise, je ne m’attendais pas à aller si loin, même si mes coachs m’ont avoué, eux, l’avoir senti venir.

3. Quand as-tu découvert l’apnée ? Depuis combien de temps pratiques-tu en club dans un souci d’entraînement et de compétition ?

J’ai découvert l’apnée il y a 3 ans, à Apnée Passion à Montreuil. Et ces championnats du Monde mettent un terme à ma première année de compétition.

4. Qui sont tes références, tes modèles, tes guides, bref les gens que tu apprécies dans le milieu de l’apnée en particulier, et dans la vie en général, qui t’aident pour ta pratique ?

William Trubridge pour l’apnée, puis je suis aussi issu de la génération Grand Bleu évidemment. C’est bateau je sais mais… merde je suis fan, je n’y peux rien !

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